Actualisé 01.12.2017 à 06:53

Volcan à Bali«C'est effrayant, bien sûr, mais ça va être bon»

Des touristes «chasseurs d'éruption» bravent tous les interdits pour se rapprocher au plus près du cratère du mont Agung. Les autorités les appellent à «ne pas défier la nature».

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Le mont Agung a donné des premiers signes de réveil en septembre, avant de se calmer fin octobre. Un mois plus tard, le volcan de l'île indonésienne de Bali s'est remis à gronder, libérant un important panache de fumée. «Ce que nous observons en ce moment, ce sont de petites explosions qui rejettent des gaz chauds et des fragments de roche fondue ou des cendres», explique David Pyle, professeur des sciences de la Terre à l'Université d'Oxford. «La probabilité d'une grande éruption est élevée mais cela pourrait prendre des jours ou des semaines avant que cela ne se produise», analyse-t-il.

Le mont Agung est craint car il s'agit d'un volcan de type «explosif». Riches en eau, ils sont susceptibles de générer des explosions importantes avec projection d'énormes quantités de débris et de cendres brûlants, très haut dans l'atmosphère. La dernière éruption majeure du volcan remonte à 1963 et avait fait 1600 morts, restant l'une des plus meurtrières en Indonésie, un pays qui compte près de 130 volcans actifs.

Pour éviter une telle catastrophe, les autorités de l'île ont délimité un périmètre de sécurité de 10 km autour du cratère et ordonné l'évacuation de près de 100'000 personnes. Mais de nombreux «chasseurs d'éruption» risquent leur vie en pénétrant en douce dans la zone interdite pour s'approcher au plus près de la montagne.

«Vraiment dangereux»

Ce ne sont pourtant pas les avertissements qui manquent aux abords du périmètre: «Danger. Zone volcanique. Défense d'entrer», peut-on lire sur des panneaux à Karangasem, district le plus proche du volcan.

«Nous voulons simplement voir ça», a confié à l'AFP Anna Mangler, une touriste française sur un cyclomoteur avec son compagnon allemand. «Nous sommes ici en vacances, alors pourquoi pas? Bien sûr que c'est effrayant, mais ça va être bon», dit-elle.

Le porte-parole de l'agence de gestion des catastrophes naturelles, Sutopo Purwo Nugroho, appelle les récalcitrants à reconsidérer leur choix en raison du danger. «Nous demandons aux touristes étrangers pénétrant sans autorisation dans la zone interdite de rester en dehors. Des pierres sont tombées jusqu'à quatre kilomètres du cratère, donc c'est vraiment dangereux. Ne défiez pas la nature», prévient M. Nugroho.

Evénement spirituel

Culminant à un peu plus de 3'000 mètres et situé à environ 75 kilomètres des principales destinations touristiques de Kuta et Seminyak, le mont Agung est aussi un important lieu spirituel pour de nombreux Balinais, une population à majorité hindoue, ce qui complique aussi la tâche des autorités.

«Je reconnais que nous avons du mal à évacuer des gens. Certains pensent que l'éruption du mont Agung est un événement spirituel et ils veulent remettre leur destin et leur sécurité entre les mains de Dieu», observe M. Nugroho. De plus, «il y a aussi des personnes âgées qui se sont abandonnées complètement à la nature et refusent de partir», ajoute-t-il.

«Je ne veux pas être évacué, pourquoi devrais-je?», lance Jero Mangku, un prédicateur hindou octogénaire, témoin de l'éruption du volcan en 1963. «Je vais rester ici, et si le volcan entre vraiment en éruption, je courrai», dit-il. (mst/afp)

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