Festival: C'est la course aux prix à Black Movie
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FestivalC'est la course aux prix à Black Movie

Pour la première fois réunis dans une même section, 10 films sont en compétition pour décrocher le Prix de la Critique du Festival Black Movie 2014.

par
Catherine Magnin

Quel est l'intérêt d'aller voir les films (projetés chacun à plusieurs reprises pendant la durée du Festival) programmés dans la section Prix de la Critique? D'abord, c'est l'occasion de voir 10 films récents, puisque tous ont été produits en 2013 et n'ont encore jamais été montrés en Suisse. De quoi satisfaire les esprits curieux de découvertes, d'autant que les films sélectionnés sont de 10 nationalités différentes, et offrent un sacré panachage de styles.

C'est aussi se faire son propre palmarès et le confronter, le soir du 25 janvier, avec celui du Jury officiel, composé de journalistes actifs dans la presse traditionnelle ou sur le Net.

C'est enfin constater, à travers un patchwork d'oeuvres qui appartiennent à des genres souvent diamétralement opposés, à quel point leurs auteurs se font tous l'écho de la société qui les entoure.

Politique et société

Les films inscrits de manière la plus évidente dans l'Histoire viennent d'Israël et d'Iran. «Funeral at Noon» (voir bande annonce ci-dessus), d'Adam Anderson (Israël), s'inscrit dans une veine chère aux cinéastes qui traitent du Proche-Orient: l'écho entre un mariage et un dilemme politique. Le drame d'Adam Anderson a pour personnage principal une jeune mariée marginalisée dans un village de colons, et qui tente de définir ses frontières personnelles en les confrontant aux frontières politiques.

«Trapped» de Parviz Shahbazi (Iran), plonge quant à lui dans les trois univers fondamentaux de la société iranienne: l'université, le bazar et le gouvernement. Ou comment une étudiante en médecine studieuse vole au secours de sa colocataire fêtarde confrontée à la police pour une dette contractée dans le bazar.

A la limite du doc

Qui dit écho de la réalité, dit proximité du style documentaire. «Scenery», de Zhang Lu (Corée du Sud), appartient résolument à ce registre, qui suit une dizaine de travailleurs immigrés en Corée du Sud dans ce qu'ils ont en commun: la solitude, et les rêves.

«Por las plumas» (Costa Rica), lui, trouble déjà un peu plus la frontière entre doc et fiction. Ce premier film de Neto Villalbos orchestre la rencontre de divers personnages autour d'un coq de combat baptisé Rocky. Un film burlesque tourné avec des acteurs non professionnels dans leurs propres rôles. En l'absence de soutien de l'Etat, il a été financé par le crowdfunding.

La bande annonce de «Por las plumas»:

«Mille soleils», de Mati Diop (France), joue sur la mise en abyme entre doc et fiction. 40 ans après la sortie de «Touki Bouki», de son oncle le sénégalais Djibril Diop Mambéty (film projeté cette semaine à Black Movie dans la section Happy Birthday), Mati Diop a retrouvé son acteur principal dans les rues de Dakar. Et ce dernier lui a confié à à quel point le personnage qu'il interpréta jadis était autobiographique...

Inclassables

«Late at Night - Voices of Ordinary Madness», de Xiaolu Guo (UK-Suisse) procède par le biais d'une galerie de portraits d'habitants de l'East-End alternant avec de faux flashes d'infos et des pensées de philosophes du 20e siècle.

Avec son premier film, «La vida después», le mexicain David Pablos (Mexique) suit deux frères qui décident de prendre la route à la recherche de leur mère qui a disparu sans cirer gare. Ce sont leurs propres relations qu'ils vont découvrir.

Horreur!

Genre réputé pour être le miroir des préoccupations sociales de leur époque, le fantastique est bien représenté dans la compétition (en plus de faire l'objet d'une section à part entière, Flirts avec le fantastique).

Habitué de Black Movie (un autre de ses films, «Kinatay», est projeté dans la section Happy Birthday), le philippin Brillante Mendoza nous gratifie d'un film d'horreur, «Sapi», dans lequel il est question de possession, d'hallucination, d'envoûtement, et qui épingle la télé-réalité (deux chaînes de télé concurrentes se disputent les images).

La bande annonce de «Sapi»:

Plus radical, «Soul», de Chung Mong-Hong (Taïwan), ou le combat dantesque entre Ah Chuan, enfermé dans une remise par son père, et l'esprit qui l'habite. Un film fantastique dans tous les sens du terme.

L'invité de Cannes

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2013, «Heli», d'Amat Escalante (Mexique), dresse le tableau crispant d'une société mexicaine qui vit la peur chevillée au ventre, sous l'emprise des cartels. A noter qu'un autre film du même réalisateur, «Los Bastardos», est projeté dans la section anniversaire du Festival.

Black Movie 2014

Genève, jusqu'au 26 janvier

Les films de chaque section sont projetés plusieurs fois au cours de la manifestation.

Infos et programme: www.blackmovie.ch

Autres compétition

Outre le Prix de la Critique et le Prix des jeunes attribués par un jury d'élèves, deux nouveaux Prix sont inaugurés lors de cette 15e édition de Black Movie. Un jury de professionnels (le cinéaste Zoltan Horvath, le sculpteur Ségolène Romier et le bédiste Pierre Wazem) et un jury d'enfants vont choisir leur film préféré parmi ceux du Petit Black Movie.

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