Actualisé 03.02.2011 à 17:39

Soulèvement en Egypte

«C'est la guerre civile»

Des heurts ont repris de plus belle jeudi en Egypte entre partisans et opposants au régime de Hosni Moubarak sur la place Tahrir, épicentre de la contestation au Caire.

Pour la première fois, un étranger y a été battu à mort, selon des services de secours.

On ignorait dans l'immédiat l'identité ou la nationalité de cet étranger, ou par qui il a été battu. C'est la première fois depuis le début de la contestation le 25 janvier et des violents heurts entre pro et anti Moubarak mercredi qu'un étranger subit un tel sort.

En fin d'après-midi, des milliers de manifestants hostiles au régime étaient massés place Tahrir (Libération), au 10e jour d'une contestation qui risque de plonger l'Egypte dans le chaos. La communauté internationale, qui ne cesse d'appeler à l'arrêt des violences et à une transition immédiate et en douceur du pouvoir, continue d'aider ses ressortissants à quitter le pays.

«Complot» de l'étranger

Après des violences meurtrières mercredi entre pro et anti Moubarak place Tahrir, des heurts ont de nouveau opposé les deux camps, sous l'oeil de l'armée, qui n'est intervenue que rarement pour disperser les protagonistes. Des heurts qui sont le résultat «d'un complot» fomenté par des gens en Egypte même ou à l'étranger, selon le vice-président Omar Souleimane. Celui-ci a par ailleurs affirmé qu'il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle

Une trentaine de partisans du régime sont réapparus sur le pont 6 octobre d'où ils peuvent lancer des pierres et des bouteilles incendiaires sur les protestataires anti-Moubarak.

Les soldats, certains à bord de chars, ont mis en place un cordon entre les deux camps. Mais les pro-Moubarak maintenus à la périphérie de la place, l'ont franchi brièvement, obligeant l'armée à intervenir pour les stopper. Des partisans du régime jetaient des cocktail molotov alors que des coups de feu sporadiques étaient entendus.

Les pro-Moubarak ont bloqué des citoyens venant ravitailler les manifestants. Une trentaine d'anti-Moubarak sont sortis de la place avec des bâtons et leur ont frayé un chemin. «On fait ce qu'on peut pour soutenir les manifestants, ils sont piégés et les gens viennent de toutes parts pour les aider», a expliqué un jeune médecin.

«C'est la guerre civile»

«Ce qu'on voit devant nous n'est jamais arrivé auparavant. Des accrochages entre Egyptiens, c'est la guerre civile», a déploré un manifestant, Mohamed Sayed Mostafa, 26 ans.

Les heurts violents de mercredi et jeudi avant l'aube ont fait au moins cinq morts et plus de 830 blessés, touchés par des pierres, des coups de couteaux et même des balles réelles, selon un bilan officiel. La première semaine de contestation a fait 300 morts selon l'ONU.

Le premier ministre égyptien Ahmad Chafic s'est dit prêt à se rendre place Tahrir tout en affirmant que rester là n'apporterait rien de plus aux manifestants qui y campent depuis le 29 janvier malgré le couvre-feu nocturne.

Il a présenté ses «excuses» et promis une enquête sur les heurts sanglants des dernières 24 heures, le pouvoir ayant été accusé d'avoir orchestré la manifestation de ses partisans qui se sont affrontés avec les protestataires.

Concessions jugées insuffisantes

Les manifestants, la principale coalition d'opposition et les groupes de jeunes militants pro-démocratie initiateurs du mouvement de contestation ont rejeté les propositions du pouvoir d'un dialogue, tant que M. Moubarak reste au pouvoir.

Au pouvoir depuis 29 ans, M. Moubarak, 82 ans, accusé de tous les maux dans ce pays de 80 millions d'habitants - pauvreté, chômage, privation de libertés et régime policier, a annoncé mardi qu'il restait au pouvoir mais qu'il ne briguerait pas un sixième mandat à la présidentielle de septembre.

Il a aussi créé un poste de vice-président et a limogé l'ex- cabinet, mais cela n'a pas satisfait l'opposition. Des pays européens et les Etats-Unis ont appelé à une transition du pouvoir immédiate, mais les autorités égyptiennes ont rejeté ces appels comme des ingérences.

Par ailleurs, des représentants d'organisation de défense des droits de l'homme, comme Amnesty et Human Rights Watch ont été arrêtés. De nombreux journalistes étrangers couvrant les troubles ont rapporté avoir fait l'objet de violences au Caire, certains ayant été battus ou arrêtés.

Vidéo choc: une voiture de police percute à vive allure un groupe de manifestants.

La tension reste vive au centre du Caire

Les cocktails molotov pleuvent

Véhicules militaires déployés

(afp)

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