Actualisé 15.07.2011 à 07:27

Festival

C'est quoi ton job au Montreux Jazz?

Chaque jour, «20 minutes» vous fait découvrir ceux qui travaillent dans l'ombre de cette 45e édition. Aujourd'hui: Claude Nobs - Boss sans fonction officielle.

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J.Delafontaine/F.Eckert

CLAUDE NOBS (BOSS ET FONDATEUR DU FESTIVAL, SANS FONCTION OFFICIELLE)

C'est le boss et fondateur du festival, mais il n'a aucun titre officiel. Alors Claude, que fais-tu? «J'ai un job de retraité excité!» Il s'explique: «Retraité, car ça fait dix ans que j'aurais dû arrêter de proposer des projets artistiques. Excité, je le deviens quand on me les remballe en me disant que c'est impossible. Mon job? Que ces projets se réalisent justement.»

Claude continue, sur un ton moins jovial: «Mon travail, c'est, aussi, de me demander combien de temps va encore fonctionner ma machine (n.d.l.r.: son corps).» Mais il retrouve l'étincelle quand on aborde la musique. Ses coups de cœur pour cette 45e édition? «Sans conteste Trombone Shorty. Il a compris tous les styles musicaux. De la Nouvelle-Orléans en passant par la Motown ou la pop. En outre, ses musiciens sont exceptionnels.»

A l'inverse, le père du festival regrette la soirée B.B. King: «Son propre concert était sympa. Mais quand il y avait des invités sur scène, il n'arrêtait pas de parler durant leurs solos. C'est dommage. Mais je respecte ses 86 ans!» Et nous, on respecte les 75 ans de funky Claude

Interview de Mogwai au Montreux Jazz

DAVID TORREBLANCA – «ON SITE OPERATIONS MANAGER»

«Tu peux m'appeler Dieu. Comme Lui, j'offre à boire et à manger.» Cette boutade n'en est pas forcément une. Car David Torreblanca gère tous les points de vente de boissons (20 bars) et de nourriture (25 stands).

Interview de Black Dub au Montreux Jazz

Derrière son titre de «On Site Operations Manager», il a sous ses ordres un mastodonte composé de plus de 300 personnes. C'est lui qui est chargé, notamment, de la gestion des stocks et d'assurer la qualité des produits servis aux festivaliers. Durant la quinzaine, il engage des «mystery guests» qui ont pour tâches de noter la nourriture et de contrôler les bars. «Ils me rendent compte en cas de vol, de manque d'hygiène ou de tout autre problème. Personne ne sait qui ils sont.»

Son pire souvenir? Lorsque Claude Nobs lui a demandé de présenter, au Strav, un groupe hispanique, en espagnol. «Je déteste m'exprimer en public», avoue-t-il. A l'inverse, celui qui est aussi programmateur du Jazz Café explique que de bons moments, il en vit tous les jours. Meilleur souvenir? Le soir où Prince a improvisé une jam au Café. «Ces instants magiques, seul Montreux peut te les offrir.».

MARINE VILETIER - COORDINATRICE ARTISTIQUE ET LOGISTIQUE

Membre de l'équipe de coordination artistique et logistique, Marine Viletier est chargée, avec deux de ses collègues, de toute la gestion des logements des artistes et de leurs équipes.

«Dès que nous recevons la programmation définitive, j'appelle les managements concernés pour connaître le nombre de personnes, la date de leur arrivée et de départ et, bien sûr, les «requêtes spéciales.» Sous cette dernière appellation se cachent les petits caprices des stars, auxquels Marine doit, en général, céder. «Un artiste qui s'est produit cette année ne voulait pas de noir dans sa suite. Même pas sur les coutures des coussins! On s'est pliés à sa demande.»

Evidemment, avec un tel job, les imprévus sont fréquents. «L'équipe de Seal nous a fait annuler, hier quelques heures avant sa venue, les chambres pour 20 personnes. La raison? L'équipe a décidé de s'en aller juste­ après le concert. Son management ne nous avait pas prévenus de cette décision.» Et Marine de conclure, philosophe: «Après deux éditions, je constate que les nouveaux venus sont, parfois, plus casse-pieds que les têtes d'affiche.»

SIMON TOMEI - RESPONSABLE DES TRANSPORTS.

Simon Tomei est le responsable des transports. Il s'occupe aussi bien des artistes que du matériel. Avec 22 éditions au compteur, les routes de la région n'ont plus aucun secret pour lui, même les petits chemins viticoles. «J'ai conduit Prince, en 2009. On s'est baladé dans les vignes. Il n'arrêtait pas de me questionner sur le vin et sur le nom des villages. Il prenait des notes. Quelque temps plus tard, j'ai eu l'agréable surprise de découvrir que certaines de mes réponses figuraient dans son fameux titre «Lavaux».

Simon dirige une équipe de 110 personnes, dont 60 chauffeurs. Il dispose d'une flotte de 30 voitures, cinq limousines et une quinzaine d'utilitaires. Et il ne ménage pas ses équipes. «L'un de mes chauffeurs a transporté un artiste jusqu'à La Corogne, en Espagne, détaille-t-il. La planification des horaires, c'est un vrai casse-tête.»

Son pire souvenir? Un trajet de 300 mètres. «J'ai transporté le sèche-cheveux de James Brown, du palace au Stravinski.­ En limousine et avec son garde­ du corps personnel.» Parfois, il avoue que l'utilité de certains trajets lui échappe...

MARCIA CORBAN - BACK­STAGE HOSPITALITY MANAGER.

Le confort des artistes, c'est son affaire. Marcia Corban est, depuis 1988, «Back­stage Hospitality Manager». Elle dispose dans les loges du Miles et du Strav' des fruits, des boissons, avec et sans alcool, ou des en-cas. Un job qui va jusqu'à placer des serviettes, de l'eau ou un service à thé sur scène. Le tout, selon les désirs des productions. «On prépare aussi des pique-niques, ajoute-t-elle. On a appris, quelques heures avant le départ de Ricky Martin, qu'il en fallait dans ses cinq cars. Il voulait des kebabs, 48 au total. Certains au poulet ou à l'agneau, avec ou sans frites. Le menu était différent pour chaque bus.»

Mais Marcia ne juge pas les caprices des stars. «Je me dis jamais que c'est impossible. Sinon, je refuserais plus de la moitié des demandes. J'ai toujours des plans de secours: Santana voulait un vin américain bien précis. Pas moyen de le trouver ici. Je lui ai donc proposé une alternative de la région, avec le même cépage. Il a adoré.»

Marcia parvient toujours à ses fins: même quand il faut déménager la loge de Prince, 20 minutes avant son arrivée.

CHRISTOPH STAHEL - PRODUCTION MANAGER.

«Je suis le capitaine du bateau Stravinski.» Tout est dit, ou presque. Christoph Stahel est Production Manager. Répétitions, soundchecks, ouvertures des salles et débuts des concerts sont sous sa responsabilité. Il a 96 moussaillons sous ses ordres. «C'est comme en mer. Tu connais ta destination, mais tu dois faire avec les différents vents et courants», image le boss.

Si tout paraît bien huilé, il y a parfois des couacs: «Pour la soirée anniversaire de Lipuma, mardi, je n'ai découvert la liste des artistes invités qu'à 18 h!» Christoph gère également les aspects techniques d'un live. Le plus compliqué a été celui des Black Eyed Peas, en 2009: «On a mal calculé notre coup. Leur monstre (n.d.l.r.: l'infrastructure) ne rentrait pas sur la scène du Stravinski. On a résolu le souci autour d'une table en listant tout ce qui était inutile.»

Prince lui laisse également un souvenir marquant: «Tu sais où et quand il se produit, mais tu ignores tout de comment il va le faire!» Et de conclure en deux mots: «Mon job? Savoir anticiper.»

JAQUELYNE LEDENT-VILAIN - PRODUCTION/ARTISTS RELATIONS – MILES DAVIS HALL.

Sans elle, il n'y aurait pas de concerts. Jaquelyne Ledent-Vilain est «Production/Artists Relations – Miles Davis Hall». Son job? S'assurer que les artistes entament à l'heure leurs répétitions, puis leurs concerts.

En souplesse, elle arrive toujours à ses fins. Même si elle reconnaît que faire redescendre les artistes du chalet de Claude Nobs, à Caux, n'est pas toujours facile. Dans cette fonction depuis 1974, des anecdotes, elle en a des tonnes. Deux artistes l'ont pourtant marquée cette année. D'abord Taylor Momsen, du groupe The Pretty Reckless: «La gamine n'a pas 18 ans et j'avais des a priori. Elle m'a scotchée, tant sur scène qu'à côté. Elle avait bossé, comme ses devoirs scolaires, sur l'histoire du festival. Elle savait tout. Si elle ne tombe pas dans la drogue ou l'alcool, elle ira loin.»

L'autre coup de cœur concerne Charles Bradley, 61 ans. «C'est un cabossé de la vie. On a senti ses tripes durant son concert. Pour le féliciter, en coulisses, on a décidé, spontanément, de lui faire une haie d'honneur. C'est la première fois que j'ai vu un Black rougir!»

Le programme du Montreux Jazz Festival:ici

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