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Exclusions à l'UDC«C'est très rare, voire unique en Suisse»

Historien et spécialiste de politique helvétique, Olivier Meuwly commente le procès d'ex-membres de l'UDC contre leur ancien parti.

par
Frédéric Nejad Toulami
Henri Ricart, Claude-Alain Voiblet, Nicola di Giulio, Philipp Stauber et Valentin Christe (de g. à d.), les cinq bannis lausannois de l'UDC, jeudi passé à la sortie du tribunal.

Henri Ricart, Claude-Alain Voiblet, Nicola di Giulio, Philipp Stauber et Valentin Christe (de g. à d.), les cinq bannis lausannois de l'UDC, jeudi passé à la sortie du tribunal.

Frédéric Nejad Toulami

Vieille de 2015, durant la campagne pour les élections fédérales, l'affaire des affiches pirates de Claude-Alain Voiblet continue de tourmenter l'UDC vaudoise et lausannoise. En effet, comme l'a dévoilé 20minutes.ch le vendredi 31 août, cinq membres exclus du parti cantonal de l'Union démocratique du centre traînent en justice la présidence vaudoise de l'UDC afin de contester cette décision de les bannir, prise lors d'un vote à un congrès en 2016. Deux audiences se sont tenues au Tribunal d'arrondissement de Lausanne, la semaine passée. Outre la présence sur le banc des accusés du président de la section cantonale, Jacques Nicolet, l'ancien secrétaire général de la section vaudoise de l'UDC, Kevin Grangier, ainsi que l'ancien député à Berne et président du Conseil national André Bugnon sont venus témoigner devant la Cour. Le verdict sera rendu dans quelques jours.

«Ce genre d'affaires est en effet très rare chez nous, voire unique. Il y a eu le cas du genevois Léon Nicole, exclu du Parti socialiste au début des années 40, pour cause de pro-stalinisme. Mais ce n'était pas allé en justice», constate Olivier Meuwly. Historien proche du PLR et observateur avisé de la politique suisse, il déclare ne pas voir d'autres cas similaires à ce qui se passe actuellement avec ces anciens membres de l'UDC. «Il y a aussi eu l'affaire du conseiller municipal socialiste Jean-Claude Doriot, contraint à la démission de l'exécutif de la ville de Montreux (VD) en 2010, mais là encore, il n'avait pas attaqué ensuite son propre parti en justice», constate Olivier Meuwly. Pour rappel, Jean-Claude Doriot avait dû démissionner et avait été exclu du PS après sa condamnation pour avoir accepté un avantage lors de la vente à l'un de ses amis d'un domaine appartenant à la commune de la Riviera vaudoise.

«L'exclusion est vécue comme une spoliation de soi-même»

«L'exclusion est rare et le fait de finir au tribunal encore plus, décrit Olivier Meuwly. Cela a pu se produire dans d'autres pays, comme en France au sein du Front national. Mais, a priori, ce type d'affaires ne se produirait pas en Suisse au sein de partis comme le PS, le PDC et le PLR.» Dès lors, comment explique-t-il un tel épilogue judiciaire dans le canton de Vaud? «Certaines personnes sont-elles si charismatiques et égocentriques qu'elles ne peuvent pas imaginer ni accepter d'être exclues d'un parti politique? s'interroge l'historien. Comme s'il y avait une telle identification à la "marque" du parti que l'exclusion est vécue comme une spoliation de soi-même.»

Pour mémoire, les cinq anciens membres de l'UDC lausannoise et vaudoise (dont certains étaient des cadres du parti) contestent la procédure qui a mené à leur exclusion et une majorité d'entre eux reprochent le fait qu'ils n'ont pas pu exercer leur droit d'être entendu officiellement avant la décision votée par le Congrès de l'UDC en 2016.

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