Décès de Erhard Loretan: «C'est une grosse pointure que nous perdons!»
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Décès de Erhard Loretan«C'est une grosse pointure que nous perdons!»

Après le décès d'Erhard Loretan, Jean Troillet, compagnon de cordée du Fribourgeois, témoigne. Co-producteur à la TSR, Benoît Aymon lui rend également hommage.

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Catherine Bex/ats

«Cela paraît incroyable que cela ait pu arriver à Erhard», lance Jean Troillet, contacté par «20 minutes». «C'est un coup dur!» Informé vers 8 heures du décès survenu jeudi du célèbre alpiniste, le guide de montagne valaisan ne s'explique pas cet accident dont il ignorait pour l'heure les circonstances. Il ne connaît pas particulièrement le sommet du Grünhorn, lieu du drame, mais il ne lui semblait pas être réputé difficile.

«Erhard Loretan avait une force de caractère énorme!», se souvient-il. «Il avait un pied montagnard exceptionnel. Il savait se rattraper dans toutes les circonstances. La montagne, c'était sa vie!» Les deux hommes avaient gravi ensemble huit 8000 mètres, dont l'Everest en 1986. Ils étaient également partis au Groenland en compagnie de l'aventurier Mike Horn.

«On le croyait invincible»

Le co-producteur de l'émission «Passe-moi les jumelles» connaissait également le Fribourgeois pour avoir réalisé trois reportages avec lui. «C'était une telle pointure de l'alpinisme qu'on le croyait presque invincible!», souligne Benoît Aymon, qui tient à lui rendre la place qui était la sienne dans ce monde fermé de l'alpinisme. «En France, il aurait été une star qui aurait fait plusieurs fois la une de «Paris match». C'était une pointure dans son domaine, comme un Zidane ou un Messi! Il avait inventé, avec Jean Troillet et André Georges, une nouvelle technique dans l'Himalaya, qui consistait à monter vite et léger. C'est une très, très grosse pointure de l'alpinisme que nous perdons!»

Erhard Loretan était le troisième homme au monde à avoir gravi les quatorze 8000 mètres sans oxygène. «Certains médecins étaient abasourdis par ses performances dans l'Himalaya», précise encore l'homme de télévision.

«Le plus grand risque est de ne pas en prendre»

Benoît Aymon rappelle également qu'Erhard Loretan avait pleinement conscience des risques qu'il encourait et que ceux-ci étaient mesurés. «Mais il était des personnes qui pensent que le plus grand risque est de ne pas en prendre. En outre, son plus grand plaisir était de partager sa passion et il n'avait pas besoin d'être à 8000 mètres pour être heureux.»

Le guide valaisan Jean Troillet précise toutefois que «la montagne est quand même dangereuse. Tous les pas ne sont pas anodins, même en moyenne altitude. Un faux pas peut toujours arriver. D'ailleurs, il est plus dangereux d'être encordé avec un client que d'être seul.»

Chute de 200 mètres

L'accident est survenu vers 12 heures, jeudi, dans la région haut-valaisanne du Fischertal. Erhard Loretan et une cliente gravissaient l'arête sommitale du Grünhorn, lorsqu'ils ont chuté sur 200 mètres, à une altitude de 3800 mètres d'altitude. L'identité de la victime n'a été établie que dans la nuit. La cliente, une Bernoise de 38 ans, a pour sa part été conduite à l'hôpital, grièvement blessée.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances du drame.

Les confidences des alpinistes André Georges et Erhard Loretan («Passe-moi les jumelles», TSR, mars 2011):

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