Actualisé 19.02.2011 à 11:03

Révolte à Bahreïn

«C'est une guerre»

Une cinquantaine de manifestants ont été blessés par des tirs émanant des forces de sécurité dans les rues de la capitale de Bahreïn.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants vendredi à Manama, alors que des milliers de manifestants bravaient l'interdiction de rassemblements publics et défilaient dans les rues de la capitale de Bahreïn, après des appels au renversement de la monarchie.

Selon des responsables d'hôpitaux et du ministère de la Santé, on compte au moins 50 blessés, dont sept sont dans un état critique. Les blessés les plus grièvement atteints ont été amenés dans le principal hôpital de la ville, Salmaniya. Des médecins et membres du personnel médical étaient en larmes en voyant l'état des blessés. «C'est une guerre», expliquait le Dr Bassem Deif, en examinant des victimes, dont les os ont été pulvérisés par les balles.

Scènes d'horreur

Les témoins ont décrit des scènes de chaos et d'horreur dans le centre de Manama, où les manifestants se dirigeaient vers la place de la Perle, coeur symbolique du soulèvement contre les dirigeants du petit Etat insulaire. Un cameraman de l'Associated Press a vu passer des blindés surmontés de mitrailleuses. Des tirs de semonce ont eu lieu, en l'air, des gaz lacrymogènes ont été tirés. Puis les soldats regroupés autour de la place de la Perle ont ouvert le feu sur les manifestants.

«Les gens ont commencé à courir dans toutes les directions, les balles volaient», a témoigné Ali al-Haji, un employé de banque âgé de 27 ans. «J'ai vu des gens touchés dans les jambes, au torse, et un homme saignait de la tête». Mohammed Abdullah, un manifestant de 37 ans, raconte qu'un mouvement de panique a suivi les tirs.

Appels au renversement de la Monarchie

Des appels au renversement de la monarchie avaient auparavant été lancés à l'occasion de la prière du vendredi et des funérailles de manifestants tués jeudi lors d'une première intervention sanglante des forces de sécurité place de la Perle contre des manifestants réclamant des réformes politiques. L'assaut a fait au moins cinq morts et près de 250 blessés.

Le président américain Barack Obama a évoqué la situation vendredi lors d'un entretien téléphonique avec le roi de Bahreïn, Hamad ben Isa Al Khalifa, invitant le souverain à faire cesser les violences, respecter les «droits universels» de la population et mettre en place des réformes sérieuses«.

»Je suis profondément préoccupé par (...) les violences au Bahreïn, en Libye et au Yémen. Les Etats-Unis condamnent le recours à la violence par les gouvernements contre les manifestants pacifiques dans ces pays et partout ailleurs«, a déclaré le chef de la Maison Blanche dans un communiqué. »Les Etats-Unis exhortent les gouvernements de Bahreïn, de Libye et du Yémen à faire preuve de retenue face aux manifestations pacifiques et à respecter les droits de leur population«, ajoute-t-il.

Le prince Salman ben Ahmad Al-Khalifa est de son côté apparu à la télévision nationale pour présenter ses condoléances après »ces jours douloureux« et lancer un appel à l'unité, souhaitant un dialogue »avec toutes les parties".

TSR

(ap)

Appels sur Facebook

Au moment même où l'armée commençait à se retirer de la place, des appels ont été lancés sur Facebook pour une nouvelle marche en direction de la place de la Perle dans l'après-midi.

Le retrait de l'armée hors de Manama a été ordonné par le prince héritier, Salman ben Hamad Al-Thani, en sa qualité d'adjoint du commandant suprême des forces armées, a précisé un communiqué officiel.

Le texte indique que la police continuera à assumer les tâches de maintien de l'ordre dans la capitale.

Ce retrait était l'une des conditions posées par l'opposition pour entamer un dialogue avec le pouvoir.

Les chars et les autres véhicules blindés, qui s'étaient déployées jeudi dans ce secteur après la dispersion par la force d'un sit-in sur la place de la Perle, ont formé une colonne qui s'est ébranlée en direction de l'ouest.

L'opposition bahreïnie a rejeté samedi l'offre de dialogue faite par le prince héritier, exigeant au préalable la démission du gouvernement et le retrait de l'armée des rues de Manama où la répression du mouvement anti-régime a fait six morts en moins d'une semaine.

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