Etats-Unis: «C'était bien, cette fête sur la tombe de mon frère?»
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Etats-Unis«C'était bien, cette fête sur la tombe de mon frère?»

Mardi, une soirée VIP était organisée au musée et mémorial du 11-Septembre, à New York. Scandalisées, des familles de victimes estiment qu'un tel événement n'a rien à faire dans un lieu «sacré».

par
joc

Mardi dernier, une soirée chic s'est tenue au musée et mémorial du 11-Septembre, à New York. Parmi les invités figuraient notamment l'ancien maire Michael Bloomberg ainsi que des cadres de Condé Nast, groupe d'édition de presse.

Le cocktail était organisé en toute discrétion. Mais dès le lendemain, jour de l'ouverture officielle du musée au public, la nouvelle s'est rapidement ébruitée, provoquant une vague d'indignation. Des proches de victimes des attentats ont été choquées d'apprendre qu'une fête s'était tenue dans un lieu qu'elles considèrent comme sacré. La soeur de Robert Shay, un Américain de 27 ans décédé au World Trade Center, a été l'une des premières à crier sa colère: «Vous avez apprécié votre dîner et vos boissons sur la tombe de mon frère hier soir, abrutis? Vous devriez tous avoir honte», a écrit l'Américaine sur Twitter.

«On n'organise pas de cocktail dans un cimetière!»

La publication de cette internaute a provoqué une avalanche de commentaires scandalisés. «On n'organise pas de cocktails dans un cimetière», réagit Joe Kisonas, pompier retraité, dans le «New York Daily News». Accompagné de deux anciens collègues, le quinquagénaire s'était rendu sur le site mardi en fin de journée, afin de profiter du dernier jour de visite gratuite avant l'ouverture officielle. Mais le trio s'était vu refuser l'entrée, sous prétexte que le musée était «en cours de nettoyage».

Kisonas avait alors argué que le site était censé être ouvert 24 heures sur 24 aux familles des victimes ainsi qu'aux personnes ayant oeuvré pendant les attentats. Sans succès. «Dès que nous sommes repartis, c'était bizarre parce que nous avons vu des serveurs qui s'activaient. Nous avons remarqué des gens en costume-cravate», raconte l'un de ses acolytes, Matt Degennaro. «Ils nous ont menti. Je suis dégoûté. J'avais des amis qui travaillaient là-dedans (ndlr: dans les tours jumelles)», s'indigne Joe Kisonas.

Rosaleen Tallon, qui a perdu son frère dans les attentats, confie qu'elle a eu envie «d'aller récupérer les restes de (son) frère et les ramener à la maison» quand elle a appris qu'une fête s'était tenue à l'endroit où ils reposent. «Ces dépouilles ne représentent rien pour ces politiciens, mais elles sont tout ce qu'il nous reste», ajoute l'Américaine.

«Le summum de l'irrespect»

Michael Frazier, porte-parole du musée, tente de calmer le jeu. Il explique que la soirée a été organisée pour les donateurs qui ont sponsorisé les cinq jours d'ouverture gratuite du site la semaine dernière. «Ce petit rassemblement s'est fait de manière respectueuse et en reconnaissance de nos soutiens qui nous ont aidés à construire le mémorial et le musée. Il y avait des familles de victimes parmi les invités», justifie-t-il.

Une explication qui ne convainc pas John Feal, l'un des avocats des familles de victimes: «Organiser une fête au-dessus de restes humains constitue le summum de l'irrespect vis-à-vis de ceux qui ont perdu un être cher. Les êtres humains ne font pas ça. Les animaux le font». Un invité raconte d'ailleurs qu'il a été très mal à l'aise d'entendre un enregistrement de voix de victimes en se rendant à la soirée.

Interrogé sur la polémique, le maire de New York botte en touche: «Je conseille à la fondation de toujours faire preuve de sensibilité particulièrement à l'égard des familles. Je ne vais pas commencer à critiquer ou soutenir un choix ou l'autre», a déclaré Bill de Blasio.

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