Affaire Sophie Le Tan: «C'était technique, dramatiquement froid»
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Affaire Sophie Le Tan«C'était technique, dramatiquement froid»

Un mois après ses aveux, Jean-Marc R. a participé mardi à une longue reconstitution de huit heures dans son appartement de la région strasbourgeoise. Une procédure éprouvante.

Le squelette incomplet de Sophie Le Tan a été découvert fin octobre 2019, dans une forêt vosgienne, à Rosheim (Bas-Rhin). 

Le squelette incomplet de Sophie Le Tan a été découvert fin octobre 2019, dans une forêt vosgienne, à Rosheim (Bas-Rhin).

AFP/Frederick Florin

Une longue reconstitution s'est déroulée mardi dans l'ancien appartement de Jean-Marc R. à Schiltigheim, qui a avoué le 19 janvier avoir tué Sophie Le Tan. Cet acte avait été souhaité par la défense , afin de «montrer que les explications verbales pouvaient être corroborées par une reconstitution matérielle et plus démonstrative», a expliqué à la presse maître Pierre Giuriato, l'avocat de Jean-Marc R. «C'est facile de parler, d'expliquer les choses, mais rester cohérent en montrant comment ça s'est passé, c'est moins évident», a-t-il souligné.

Cette reconstitution pourrait, selon les avocats des deux parties, constituer l'ultime acte de la procédure. Elle a duré plus de huit heures, et mobilisé des dizaines de policiers et CRS, qui avaient déployé un large cordon de sécurité autour de l'ancien appartement de Jean-Marc R., dans un immeuble de la rue Perle, à Schiltigheim, dans la banlieue nord de Strasbourg.

Devant la juge d'instruction, le représentant du parquet, les avocats et plusieurs experts, dont le médecin légiste et un morpho-analyste, le suspect a été longuement interrogé sur ses agissements aussi bien dans le petit appartement du sixième étage qu'à la cave, les différents sites de la «scène de crime», selon les mots de Me Giuriato.

«Aucune empathie vis-à-vis de sa victime»

«C'était assez éprouvant pour tout le monde, il a démontré par la parole et par le geste. Quand il a fallu faire certains gestes sur le plastron qui représentait le corps de Sophie Le Tan, c'était beaucoup moins évident par moments», a exposé l'avocat. «Mais les experts qui ont pu être questionnés n'ont pas infirmé ses explications».

Jean-Marc R. «a répondu aux questions, sans aucune empathie vis-à-vis de sa victime, c'était technique, dramatiquement froid», a déploré Rémi Stephan, avocat de la famille Le Tan. «Il cherche toujours à se dédouaner d'une partie de sa responsabilité, alors que les charges du dossier sont accablantes et lui ont été présentées pendant cette journée».

«Nous, on a hâte que le procès ait lieu pour que la famille puisse commencer son travail de deuil», a déclaré Gérard Welzer, autre avocat de la famille Le Tan. Cette reconstitution «ne changera rien», a-t-il estimé, face à l'ensemble des preuves déjà recueillies au cours de l'enquête.

«Ce monsieur surveille les personnes depuis sa fenêtre»

Jean-Marc R. avait été arrêté en septembre 2018, quelques jours après la disparition de Sophie Le Tan, le jour de son 20e anniversaire. Jusqu'en janvier, il avait toujours nié toute responsabilité dans la mort de la jeune femme. Celle-ci n'avait plus donné signe de vie après s'être rendue à Schiltigheim pour visiter un appartement. Le quinquagénaire, qui avait posté l'annonce immobilière, est rapidement devenu l'unique suspect.

«Ce n'était pas une annonce faite pour sous-louer cet appartement, c'était une annonce faite pour piéger une jeune fille et l'enfermer chez lui, pour choisir une proie», a soutenu Rémi Stephan mardi. «Ce monsieur surveille les personnes qui viennent répondre à cette annonce depuis sa fenêtre, n'ouvre pas à certaines personnes, et ouvre à d'autres malheureusement, comme Sophie».

Le squelette incomplet de la jeune femme avait été découvert plus d'un an plus tard, fin octobre 2019, dans une forêt vosgienne, à Rosheim (Bas-Rhin), une zone où Jean-Marc R. se rendait régulièrement. Le sexagénaire avait longtemps nié toute implication dans la mort de la jeune étudiante, en dépit de plusieurs éléments de preuves qui semblaient établir son implication, notamment la présence du sang de Sophie Le Tan dans son appartement ainsi que sur le manche d'une scie lui appartenant.

(AFP)

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