Trésor de La Palma, la banane est menacée
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Bananes menacées à La Palma«Ça donne envie de jeter l’éponge quand je les vois si moches»

Le volcan en éruption et le manque d’eau font craindre une catastrophe pour la production de bananes, qui représente la moitié du PIB de l’île.

En montrant les cendres volcaniques recouvrant ses bananes, l’une des principales richesses de l’île espagnole de La Palma, Pedro Antonio Sanchez soupire. «C’est pire qu’un nuisible, pire qu’une maladie parce que cela abîme les bananes», fulmine ce propriétaire d’une petite exploitation.

Il faut dire que depuis l’éruption du volcan Cumbre Vieja le 19 septembre, les cendres tombent du ciel sans interruption. Un «sable» noir qu’il est quasi impossible de retirer des fruits et qui les endommage lors de la manipulation, du transport et de l’emballage des régimes qui pèsent jusqu’à 70 kilos. «Il faut souffler dessus, ou les rincer, je ne sais pas… Et quand la rosée tombe durant la nuit, les cendres sont collées par l’eau et elles ne partent pas le matin», se décourage le cultivateur qui perd sa bonne humeur et son humour dès que son regard se pose sur ses bananiers.

Situation catastrophique

«Je n’ai pas envie de travailler, ça donne envie de jeter l’éponge quand je les vois si moches… La situation est vraiment catastrophique», poursuit Pedro Antonio Sanchez alors que les normes de qualité peuvent empêcher la commercialisation de bananes abîmées même si leur consommation ne présente aucun risque, selon l’Association des organisations de producteurs de bananes des îles Canaries (ASPROCAN).

Il y a eu une chute de 50 à 60% des arrivées de bananes à la coopérative depuis le début de l’éruption.

Il y a eu une chute de 50 à 60% des arrivées de bananes à la coopérative depuis le début de l’éruption.

AFP

Et les cendres ne sont pas le plus gros problème. La banane a besoin de beaucoup d’eau et en ce moment, «le manque d’eau est la menace la plus importante», selon l’exploitant, alors que la lave a détruit une canalisation importante amenant l’eau nécessaire à l’irrigation de nombreuses plantations du sud-ouest de l’île.

Afin de pallier le manque d’eau à La Palma, qui n’a pas de rivières ou de lacs, deux unités de dessalement de l’eau de mer sont arrivées mardi et un bateau-citerne chargé d’eau douce devrait arriver la semaine prochaine. «Nous n’avons pas d’autre moyen pour l’instant de ramener de l’eau en si peu de temps», a expliqué Victor Navarro, responsable des eaux de l’archipel des Canaries sur la radio publique.

Plantations emportées par la lave

«Il y a eu une chute de 50 à 60% des arrivées de bananes depuis le début de l’éruption», a indiqué à l’AFP Enrique Rodriguez, de la coopérative Covalle, où les bananes arrivent pour être emballées et expédiées. Une baisse de la production qui s’explique par le fait que des «plantations ont été emportées par la lave».

À elle seule, l’île de La Palma a produit 148’000 tonnes de bananes en 2020, soit 34,5% du total de la production de l’archipel, selon ASPROCAN. Elle représente 50% de son PIB.

À la rupture de la canalisation d’irrigation s’ajoutent les restrictions d’accès aux exploitations proches des coulées de lave, où les agriculteurs sont seulement autorisés à arroser durant un court moment par sécurité. Or, la banane «nécessite beaucoup d’arrosage tous les 7 jours. Actuellement, on arrose tous les 15 jours pour économiser l’eau, et même si elles ne sécheront pas, le fruit va s’en ressentir», souligne Pedro Antonio Sanchez, qui s’inquiète également de la situation précaire des agriculteurs.

(AFP)

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