Vénézuela : «Ça fait trois ans que je n'ai pas bu une bière»
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Vénézuela «Ça fait trois ans que je n'ai pas bu une bière»

Alors qu'en 1998, un salaire minimum permettait d'acheter 46 caisses de bières, il faut désormais plus de cinq salaires minimum pour en acquérir une seule.

De la bière, «rares sont ceux qui en boivent encore. En tout cas, pas nous, les pauvres», confie Nelson Vargas, tout en sirotant une gorgée de cocuy, un alcool à base d'agave. «Ça fait trois ans que je n'ai pas bu une bière» poursuit ce retraité de 66 ans, qui assiste à une procession de la Vierge lors d'une fête religieuse dans le village de Bobaré, à quelques 400 km de Caracas.

Au Venezuela, pays en crise où le FMI prévoit une inflation de 200% cette année, Nelson et nombre de ses compatriotes ont tiré un trait sur le whisky, la bière ou le rhum, trop chers, et se sont tournés vers des boissons locales et plus accessibles, comme le cocuy.

Cinq salaires minimum pour une caisse de bières

En effet, alors qu'en 1998, un salaire minimum permettait d'acheter 46 caisses de bières, il faut désormais plus de cinq salaires minimum pour en acquérir une seule, indiquent les professionnels du secteur. Avec toute sa pension équivalente à trois dollars mensuels, le retraité pourrait à peine se payer deux bières, quand la bouteille de cocuy est vendue environ 2 dollars.

Protestations au Venezuela contre les sanctions américaines

Des milliers du partisans de Nicolas Maduro ont défilé mercredi à Caracas pour dénoncer le gel total des avoirs du gouvernement vénézuélien aux Etats-Unis décidé par l'administration Trump.

Si aujourd'hui beaucoup consomment cet alcool d'agave, dans les années 50, il était clandestinement produit. «Si les policiers t'arrêtaient avec du cocuy, tu allais en prison, ou ils te cassaient ton alambic (ndlr: appareil servant à la distillation)», se souvient Dolores Giménez, un producteur de cocuy qui a débuté dans le métier à l'âge de 7 ans.

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Si aujourdhui beaucoup consomment cet alcool dagave, dans les années 50, il était clandestinement produit.

Si aujourdhui beaucoup consomment cet alcool dagave, dans les années 50, il était clandestinement produit.

AFP/Cristian Hernandez
«Si les policiers t'arrêtaient avec du cocuy, tu allais en prison, ou ils te cassaient ton alambic (ndlr: appareil servant à la distillation)», se souvient Dolores Giménez, un producteur de cocuy qui a débuté dans le métier à l'âge de 7 ans.

«Si les policiers t'arrêtaient avec du cocuy, tu allais en prison, ou ils te cassaient ton alambic (ndlr: appareil servant à la distillation)», se souvient Dolores Giménez, un producteur de cocuy qui a débuté dans le métier à l'âge de 7 ans.

AFP/Cristian Hernandez

Il est loin le temps de l'omniprésent whisky

Selon les chiffres du cabinet londonien Wine and Spirit Research (IWSR), cette année, la consommation de spiritueux au Venezuela va chuter de 34%, après une baisse semblable (-37%) en 2018. Même tendance pour la bière, avec un recul de 39% en 2018.

Il est aussi loin le temps de l'omniprésent whisky importé, associé au boom pétrolier vénézuélien, à partir des années 1940. Sa consommation s'est ensuite envolée avec l'arrivée des grandes multinationales anglo-saxonnes à Maracaibo (ouest du pays). Il y a encore une quinzaine d'années «dans les soirées, on servait du bon whisky. Du 12 ans d'âge, c'était considéré comme du mauvais. Boire du rhum, c'était la honte», se souvient Gabriela Fernandez, qui tient un stand de nourriture à Maracaibo. Autrefois riche ville pétrolière, la cité est aujourd'hui à l'arrêt, frappée de plein fouet par la crise du secteur de l'or noir vénézuélien.

Entre 2013 et 2018, la consommation de whisky au Venezuela a dégringolé de 43%, selon IWSR.

L'ivresse pas cher coûte parfois la vie

Chercher l'ivresse à faible coût peut avoir des conséquences fatales: faute de chiffres officiels disponibles, un décompte effectué dans les médias vénézuéliens en 2019 permet d'attribuer une trentaine de décès à la consommation d'alcool frelaté. (afp)

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