Sarkozy sur écoute: «Ça fera du boulot pour ces bâtards de Bordeaux»
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Sarkozy sur écoute«Ça fera du boulot pour ces bâtards de Bordeaux»

Mediapart a publié mardi la teneur de 7 enregistrements entre Nicolas Sarkozy et son avocat, dans lesquelles ce dernier aurait insulté les juges qui avaient mis en examen l'ex-président français.

Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, aurait insulté les magistrats chargés de l'affaire Bettencourt, selon Mediapart.

Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, aurait insulté les magistrats chargés de l'affaire Bettencourt, selon Mediapart.

La teneur de sept écoutes judiciaires de conversations téléphoniques de Nicolas Sarkozy avec son avocat ont été diffusés par le site Internet d'information Mediapart. Ces enregistrements sont potentiellement très compromettants pour l'ex-président français.

Ces écoutes concernent des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog. Ce dernier qualifie notamment de «bâtards de Bordeaux» les juges ayant mis en examen l'ex-président dans le cadre de l'affaire d'abus de faiblesse présumé de la milliardaire Liliane Bettencourt.

Ces écoutes ont été réalisées sur la seconde ligne téléphonique de l'ancien président ouverte sous la fausse identité de «Paul Bismuth», entre le 28 janvier et le 11 février. Me Herzog y fait savoir à plusieurs reprises à Nicolas Sarkozy qu'il obtient des informations via Gilbert Azibert, avocat général dans une chambre civile à la Cour de cassation.

Les écoutes abordent notamment la décision de la cour de Cassation, attendue en mars, concernant les agendas de M. Sarkozy, saisis dans ce dossier dans lequel celui-ci a bénéficié d'un non-lieu. Ces agendas figurent aussi dans la procédure sur l'arbitrage controversé dont a bénéficié en 2008 l'homme d'affaires Bernard Tapie dans son litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas.

Dialogue destiné aux enquêteurs

Le 30 janvier, Me Herzog raconte que le conseiller rapporteur préconise l'annulation de la saisie des agendas et le retrait de toutes les mentions relatives à ces documents dans l'enquête Bettencourt, dans laquelle Nicolas Sarkozy a déjà obtenu un non-lieu.

La veille, il se montrait déjà optimiste sur une décision en faveur de son client. «Sauf si le droit finit par l'emporter», disait l'avocat.

Le 1er février, Nicolas Sarzkoy, depuis sa ligne officieuse, met en scène un dialogue destiné aux enquêteurs en demandant à son avocat de le rappeler sur sa ligne officielle pour «qu'on ait l'impression d'avoir une conversation».

Tentative d'influencer la justice

Les 5 et 11 février, Me Thierry Herzog apprend à Nicolas Sarkozy que Gilbert Azibert a, ou doit, rencontrer trois conseillers à la Cour de cassation chargés de valider ou non l'enquête Bettencourt.

Nicolas Sarkozy se dit prêt à aider Gilbert Azibert à obtenir un poste à Monaco, en contrepartie de ses informations. Son avocat confie avoir rassuré par avance «Gilbert» à ce sujet: «Tu rigoles, avec ce que tu fais».

Pour l'Union syndicale des magistrats (majoritaire), ce serait la preuve «qu'on essaye d'influencer la justice». Cela «viendrait étayer le fait qu'on a un responsable politique qui utilise ses réseaux pour organiser son immunité», ajoute le Syndicat de la magistrature (classé à gauche).

Campagne de 2007

Les agendas sont aussi susceptibles d'intéresser les juges enquêtant sur des affaires embarrassantes pour l'ancien pouvoir comme les accusations de financement de la campagne de 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi.

C'est précisément lors d'écoutes dans ce dossier qu'a été interceptée une conversation entre Nicolas Sarkozy et Me Thierry Herzog. Celle-ci a donné lieu à l'ouverture, par le nouveau parquet national financier, d'une information judiciaire pour violation du secret de l'instruction et trafic d'influence.

Réaction du PS

La lecture des documents publiés par Mediapart «est ahurissante, hallucinante et surtout attristante», a réagi mercredi le premier secrétaire du parti socialiste (au pouvoir), Harlem Désir. L'ancien président et son avocat «apparaissent (dans ces écoutes) tout simplement décidés à faire obstruction à la justice», a-t-il ajouté.

«Ce sont les mots d'un ancien président de la République pris la main dans le sac», écrit Mediapart.

La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a elle souligné «l'extrême gravité des accusations et des soupçons» pesant sur l'ancien président.

«Bouts de révélation»

Réclamant de la «retenue», le patron de l'UMP, Jean-François Copé, a déploré des «bouts de révélation» selon lui «systématiquement à charge, jamais à décharge».

Et Marine Le Pen a qualifié de «moyens déloyaux» les révélations de Mediapart, demandant si ce n'était pas une «contrepartie au cadeau fiscal» qu'a fait, selon elle, le PS au site d'information. (20 minutes/afp)

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