Actualisé 01.04.2008 à 12:46

Cabrel chante sa fille adoptive

Dans son nouvel album, «Des roses et des orties», sorti hier, le chanteur français parle de la fille qu'il a adoptée.

Dans son village d'Astaffort, entre Toulouse et Bordeaux, Francis Cabrel se lève tôt. «A 6 h 30, dit-il au Parisien. Ma fille Manon, qui prépare son bac, prend le bus à 7 h pour aller au lycée d'Agen. Après, je commence à écrire.»

Seul signe extérieur de richesse pour le chanteur, un puissant 4x4, avec lequel il parcourt les soixante hectares de son domaine: «On a planté des céréales bio, du tournesol, du colza, du blé, et des vignes. On a aussi des poules, des moutons et des ânes, qui sont fuyants. Ils ne viennent que quand la petite leur apporte du pain.»

La petite, c'est Thiu, une fillette adoptée par les Cabrel en 2004. Dans son onzième album, «Des roses et des orties», son papa évoque cette Vietnamienne de 3 ans: «Dans le passé, mes deux filles aînées et mon épouse ont eu leur chanson. Là, il fallait que je dise au grand jour le rapport que j'ai à la mère biologique de Thiu, à cette femme que je ne connais pas.» Il en résulte une chanson, «Mademoiselle l'aventure»: «C'est un texte très personnel, j'ai cru que je n'arriverais jamais à le chanter.» Au final, c'est la sensation de ce nouvel album.

Bonne nouvelle enfin: notons que Francis Cabrel reviendra chanter chez nous, soit le 22 novembre prochain à l'Arena de Genève (loc. TicketCorner et Fnac).

– Francis Cabrel, dans ce nouvel album − le onzième en près de trente-cinq ans de carrière −, vous sortez treize nouvelles chansons.

– Je préfère dire «douze chansons» plus une. Je suis un peu superstitieux!

– Dans votre chanson «Les cardinaux en costume», vous êtes plus «politisé». C'est une réflexion sur l'air du temps, la situation économico-politique avec l'omniprésident Sarkozy…

– Je voulais faire une chanson sur l'indifférence et ce constat terrible: on rentre les chiens le soir, mais on laisse les hommes dehors. C'est l'histoire de Magyd, de Sabrina, qui se cache, qui tapine, de Mamadou, qu'on transfère, de N'Guyen la clandestine, et il y a un refrain en espagnol parce que le constat s'applique à d'autres pays que la France. Mais, franchement, je n'ai pas l'impression d'être dans la virulence. Je suis fidèle à des engagements de base, comme la fraternité. Le manque d'humanité en général, c'est une obsession chez moi… Simplement, avec ce nouvel album, j'insiste une nouvelle fois, et la couche s'épaissit!

– Quelle idée d'associer les roses et les orties!

– Je vis à la campagne et j'adore les fleurs, la nature. Alors, j'en ai mis plein dans l'album. C'est assez parlant… Quant à l'ortie, c'est pour l'engagement pas doux… Une caresse d'ortie, ça peut paraître comme une caresse, mais en fin de journée ça vous pique toujours. L'ortie symbolise bien l'engagement pas doux. Et moi, je ne veux pas donner un coup de poing…

– Parmi les treize chansons, on relève aussi «Mademoiselle l'aventure», qui prend une résonance particulière puisqu'elle est inspirée par Thiu, votre fille adoptive…

– Dans le passé, mes deux filles aînées et mon épouse ont eu leur chanson. Là, il fallait que je dise au grand jour le rapport que j'ai à la mère biologique de Thiu, à cette femme que je ne connais pas… On anticipe, on ne doit pas se sentir comme un étranger qui a mal agi, il faut accepter l'adoption. Et puis, il y a le geste de cette femme, de cette mère, j'ai du mal à l'imaginer. C'est seulement après que vient l'ode à l'enfant. Mais c'est un texte très personnel, j'ai cru que je n'arriverais jamais à le chanter.

– Avec «African Tour», vous évoquez votre amour de l'Afrique.

– J'ai de la sympathie pour le peuple africain, j'aime sa musique. Ils vivent le drame de la pauvreté. J'ai souhaité une chanson de l'humanisme, de la fraternité.

– Vous chantez maintenant depuis près de trente-cinq ans…

– Et il ne faut pas tenter de rester là éternellement! Les chansons se fanent un peu, nous aussi. Il faut juste résister au rouleau compresseur qui nous écrase tous.

– La peur du lendemain?

– Là, en ce moment, la peur surtout que ce nouvel album ne plaise pas. Je suis un peu anxieux, c'est vrai… On a beau me dire que je n'ai rien à perdre, il y a quand même un enjeu personnel sur ma petite fierté. Et puis je m'interroge: est-ce que je vais être heureux sur scène? Alors, il faudrait que je puisse encore faire deux albums, et après j'arrête. L'énergie que ça prend, une chanson, on n'a pas idée. C'est un truc hyperintense.

Serge Bressan / ppe

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