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Genève AéroportCadre sous enquête: «tu pues le phoque»

Un haut responsable de Genève Aéroport fait l'objet d'une enquête interne. Trois victimes parlent de harcèlement sexuel et psychologique.

par
Lucie Fehlbaum/mpo/ats
Plusieurs collaborateurs d'un haut cadre de Genève Aéroport parlent d'un "dysfonctionnement total".

Plusieurs collaborateurs d'un haut cadre de Genève Aéroport parlent d'un "dysfonctionnement total".

Keystone

Un haut cadre de Genève Aéroport a fait l'objet d'une enquête interne à la suite d'accusations à son encontre. Le directeur général, André Schneider, a annoncé mardi que des actions «qui s'imposent» seront prises. L'investigation, menée par un juge externe, a été ordonnée par Genève Aéroport (GA) le 1er novembre 2017, suite à la sollicitation d'une collaboratrice. L'audit fait état de trois principales victimes.

Deux femmes et un homme décrivent, pour une période allant de 2016 à fin 2017, des comportements relevant de l'atteinte à la personnalité, du harcèlement sexuel et psychologique. Ils faisaient partie de l'équipe du haut responsable incriminé par cette enquête. Cette dernière conclut qu'il «convient rapidement de proposer de nouvelles mesures pour restaurer la confiance entre les collaborateurs du service (...) de préférence la mise en place d'une nouvelle équipe dirigeante».

«Tu pues le phoque»

«Tu pues le phoque» répétait par exemple le cadre à l'un de ses collaborateurs. A une autre, il a dit «Tu es toi. Tu ne laisses pas indifférent. Tu devrais être moins toi. C'est le drame de ta vie. Et ne fais confiance à personne. Excepté moi», rapporte l'audit. Cette même collègue subissait quotidiennement des remarques sexistes, des commentaires sur son «joli cul» ou sa silhouette. Le cadre l'a notamment mise mal à l'aise au cours d'une conversation sur une poupée gonflable «avec option viol avec gestes de défense». Cette employée précise dans l'audit que le haut responsable avait également fait courir sur elle une rumeur concernant sa vie sexuelle, et la dévalorisait professionnellement à coups de «Besoin de nettoyer le frigo: X est là pour ça» ou «La plus grande réussite de X, c'est d'avoir rangé la vaisselle qui traînait». Elle relève enfin que le haut responsable avait l'habitude de traiter son entourage féminin de pute ou de salope.

Une autre collègue du haut cadre a été victime de mobbing de son supérieur. En arrivant dans le service, le chef a dit à l'équipe «qu'il était amoureux d'elle et voulait l'épouser tant elle était formidable», rapporte une autre collaboratrice. Petit à petit, elle a été mise de côté. Le haut responsable était «tordu» avec elle et l'a empêchée de suivre des formations, selon l'audit. En tout, au moins 24 projets et formations utiles pour son développement professionnel ont été menés sans cette collaboratrice. Son supérieur la prévenait parfois au dernier moment de réunions auxquelles elle devait se rendre, malgré la présence, en tout cas à une reprise, du conseiller d'Etat de tutelle de l'aéroport, Pierre Maudet.

Un ancien collaborateur de GA, entendu au cours de l'enquête, parle d'un «dysfonctionnement total» du service où exerçait le haut cadre en question. Les employés entendus font état de ses sautes d'humeur et de ses colères, d'une ambiance tyrannique, d'une tendance à cliver l'équipe, par exemple en lançant des rumeurs sur leurs vies, notamment sexuelles.

Le conseiller d'Etat de tutelle Pierre Maudet et le conseil d'administration ont été «tenus au courant».

L'intéressé a été entendu

Le haut responsable a été auditionné par le juge externe qui a coordonné l'enquête. Il admet une partie des faits tels qu'ils sont racontés par ses collaboratrices et collaborateurs, et en nie d'autres. Il parle notamment d'un changement dans le service ayant conduit à une détérioration de l'ambiance. Le cadre dit être passé d'une gestion "paternaliste" à un management plus professionnel. Il reconnaît avoir un caractère sanguin. Et explique que de nombreuses remarques jugées sexistes étaient "des plaisanteries".

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