Athlétisme: Cafards et moisissure dans l'hôtel des Suisses
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AthlétismeCafards et moisissure dans l'hôtel des Suisses

La sprinteuse Sarah Atcho a vivement critiqué ses conditions de logement. Elle est loin d'être la seule.

par
Ugo Curty
Doha
Sur son site internet, l'Ezdan Hotel se présente comme le plus grand de Doha. Ses installations sont pourtant la cible de nombreuses critiques.

Sur son site internet, l'Ezdan Hotel se présente comme le plus grand de Doha. Ses installations sont pourtant la cible de nombreuses critiques.

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«C'est scandaleux.» Sarah Atcho n'y va pas par quatre chemins lorsqu'elle évoque l'hôtel où loge l'équipe de Suisse et de nombreuses autres délégations à Doha. «Le bâtiment tombe en ruine.» Si le lobby semble confortable et presque luxueux, la sprinteuse vaudoise explique une autre réalité. «Dès que tu montes dans les étages, c'est la catastrophe. Il y a des taches suspectes sur mes rideaux et mon lit. La chambre est très petite. Je dois prendre un escalier pour aller chez le physio. Ils sont dans un état pas possible.»

La spécialiste du 200 mètres, qui fera son entrée en lice ce lundi, sort alors son téléphone et montre une vidéo prise le matin même. «Regardez, les murs sont moisis, détaille-t-elle. De l'eau coule jusqu'au sol et c'est mouillé par terre.» Sarah Atcho a aussi critiqué la qualité de la nourriture de l'Ezdan Hotel, plus grand établissement de Doha. «On est obligé d'aller manger ailleurs. On dépense ainsi de l'argent et de l'énergie en plus.»

Schippers se lâche sur Instragram

Les Suisses ne sont pas les seuls à se plaindre. Le Fribourgeois Laurent Meuwly est désormais entraîneur du relais néerlandais. Le sentiment est le même dans le camp Oranje. «La plus virulente a été Dafne Schippers qui a posté des stories sur Instagram (ndlr: voir ci-dessous). Elle comparaît les photos du site internet avec la réalité.»

Un cafard dans la chambre de Schippers

«Ses publications ont valu un coup de fil de Sebastian Coe (ndlr: directeur de la fédération internationale, l'IAAF) à notre chef de délégation, pour lui demander ce qui pourrait être amélioré, poursuit Meuwly. C'est frustrant parce qu'on demande aux athlètes d'être professionnels, de se préparer méticuleusement et on les reçoit dans ces conditions. A Doha, ce ne sont pas les beaux hôtels qui manquent pourtant. Les Qataris n'ont visiblement pas fait le travail jusqu'au bout. Cela s'explique soit par une certaine mauvaise volonté, soit par des moyens financiers moins importants qu'espérés.»

Sur les réseaux sociaux, Dafne Schippers - double championne du monde en titre sur 200 mètres - a précisé qu'il y avait un cafard dans sa chambre. Les Norvégiens n'ont pas supporté les conditions d'accueil et ont déjà quitté l'hôtel, tandis que les équipes de Russie et de Suède ont notamment fait part de leur mécontentement.

«Pas une bonne publicité pour l'athlétisme»

Dans le camp suisse, un changement d'adresse durant les Mondiaux n'a pas été envisagé. «Nous ne sommes pas les seuls à vivre dans cette situation, a souligné Sarah Atcho. Il faut qu'on évite de perdre du temps bêtement à cause de cela, et qu'on se concentre sur notre course.» Lea Sprunger abonde: «J'espère que les critiques des athlètes seront entendues et que les dirigeants agiront en conséquence de ce qui est en train de se passer.»

Après la chaleur, l'absence de spectateurs et les spéculations de dopage autour du sprint masculin, ces Mondiaux de Doha débutent péniblement pour l'IAAF. «On prend les gens pour des cons quand on parle d'engouement populaire à Doha, a résumé sans détour Laurent Meuwly. Quand on organise un 50 kilomètres marche à deux heures matin et qu'il n'y a personne au bord de la route, ce n'est pas une bonne publicité pour l'athlétisme. Mais on sait tous que les enjeux sont ailleurs. L'importance du Qatar d'un point de vue financier a certainement convaincu l'IAAF de venir ici et de prendre de ce risque.»

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