Genève: Caméras: aide à la police mais effet préventif nul
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GenèveCaméras: aide à la police mais effet préventif nul

Après deux ans de test aux Pâquis, le bilan de la vidéoprotection est tiré. Forces de l'ordre et habitants sont satisfaits, l'expérience sera étendue.

par
Jérôme Faas
La centrale de vidéoprotection est située dans l'hôtel de police de la Gravière.

La centrale de vidéoprotection est située dans l'hôtel de police de la Gravière.

photo: Keystone/Jean-christophe Bott

Bilan «positif» pour le Département de la sécurité, bilan «mitigé» pour les chercheurs neuchâtelois chargés d'évaluer le dispositif de vidéoprotection (lire encadré) déployé aux Pâquis, quartier chaud jouxtant la gare. Après deux ans de test, l'effet des 29 caméras filmant le domaine public est désormais connu : en termes de prévention des infractions, il est inexistant. En revanche, l'outil permet à la police de mieux calibrer ses interventions sur le terrain. Enfin, le sentiment de sécurité de la population a augmenté.

Forces policières mieux calibrées

C'est manifestement le bénéfice opérationnel pour les forces de l'ordre qui est le plus notable. «En cas d'appel au 117, l'opérateur regardant les images en direct permet de lever le doute» quant aux événements signalés, indique le capitaine Christophe Bobillier. «Nous pouvons mieux coordonner les patrouilles sur le terrain et y dépêcher les bonnes forces.»

Trafic de drogue: l'effet plumeau

Comme prévu en revanche, la baisse des infractions répertoriées dans la zone, observée depuis 2011, ne s'est pas accélérée avec l'arrivée des caméras. Celles-ci ont par ailleurs provoqué un «effet plumeau», imagent les chercheurs, sur le trafic de drogue : celui-ci s'est déplacé à la lisière du secteur surveillé.

Le professeur Francisco Klauser observe en revanche «un renforcement du sentiment de sécurité» des riverains, «la nuit essentiellement». Les travailleurs du sexe craignent de moins en moins que les images filtrent à l'extérieur, et deux tiers des plus de 3000 personnes interrogées jugent légitime que l'Etat filme le domaine public. «Les caméras ne suscitent pas l'enthousiasme, mais l'acceptation», relève le scientifique.

A terme, les Eaux-Vives et Plainpalais

A l'heure de décider de l'avenir du dispositif, le conseiller d'Etat PLR Pierre Maudet y voit «une valeur ajoutée indéniable, une meilleure intelligence du terrain, la possibilité de mieux détecter les infractions et d'intervenir rapidement». L'élu a donc décidé de développer la vidéoprotection. Une partie du crédit voté par le Parlement pour mener à bien l'essai n'ayant pas été dépensée, elle sera affectée à l'installation de onze caméras supplémentaires sur les ponts, soit «les axes de fuite». «A moyen terme», le patron de la Sécurité envisage également de surveiller en direct les quartiers des Eaux-Vives et de Plainpalais.

Ailleurs en Suisse

Selon le professeur Raoul Kaenzig, géographe à l'Université de Neuchâtel, "du point de vue de l'ampleur, le dispositif genevois est celui qui va le plus loin en Suisse", dans l'espace public. Un tel système existe aussi à Saint-Gall. A Thoune et Lucerne, les caméras ont été démontées après un test. "L'essai genevois concorde avec les observations en Suisse et à l'étranger: l'effet préventif est inexistant. Si on veut développer un tel dispositif, il faut vraiment investir dans le travail des opérateurs. Cela s'oublie souvent avec le temps. Mais Genève, justement, ne l'a pas oublié."

Un million par an

Depuis la mi-octobre 2014, 29 caméras surveillent 24/24h et 7/7j une zone des Pâquis comprise entre la place de Cornavin, les rues du Mont-Blanc, de Berne, Pellegrino-Rossi, De-Monthoux et de Fribourg. Un opérateur consulte en permanence et en direct les images. L'investissement s'est élevé à 1,1 million de francs. Le coût de fonctionnement, soit les salaires de la petite dizaine d'opérateurs, atteint un million de francs par an.

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