Actualisé 15.06.2010 à 17:20

«Bloody Sunday»

Cameron: «Ce qui s'est passé était mal»

Le Premier ministre David Cameron a présenté ses excuses pour la mort d'une quinzaine de catholiques, en 1972.

Le Premier ministre britannique s'est excusé face à la foule.

Le Premier ministre britannique s'est excusé face à la foule.

L'action des soldats britanniques au cours du «Bloody Sunday», qui désigne le décès de 14 catholiques dans la répression le 30 janvier 1972 d'une manifestation à Londonderry (Irlande du Nord), n'était «ni justifiée ni justifiable», a estimé mardi le Premier ministre David Cameron.

«Ce qui s'est passé le jour du Bloody Sunday était non justifié et non justifiable. C'était mal», a déclaré M. Cameron devant la chambre des Communes, chambre basse du Parlement, en annonçant les conclusions de l'enquête publique sur le «Dimanche sanglant».

La responsabilité du drame incombe aux soldats qui «ont perdu le contrôle d'eux-mêmes», a expliqué M. Cameron. «Au nom du pays, je suis profondément, profondément désolé», a déclaré le chef du gouvernement.

Son discours, retransmis en direct à Londonderry, a soulevé des hourras d'enthousiasme parmi le millier de personnes regroupées devant l'écran géant diffusant l'intervention du chef du gouvernement.

Enquête auparavant

«Ce qui s'est passé n'aurait jamais dû se passer», a ajouté M. Cameron dans un discours au ton étonnamment dur.

«Je n'ai jamais eu pour intention de remettre en question le comportement de nos soldats», mais les conclusions du rapport Saville, du nom du président de la commission d'enquête Mark Saville, sont «absolument claires», a reconnu le Premier ministre conservateur. «Il n'y a aucun doute, aucune équivoque, aucune ambiguïté», a-t-il asséné.

Le rapport, diffusé après le discours de M. Cameron, a conclu qu'aucun des treize catholiques tués le jour-même, et un quatorzième tué plusieurs mois plus tard, «ne représentait une menace de mort ou risquait de provoquer des blessures graves».

Une précédente enquête, effectuée très rapidement après les événements, avait exonéré l'armée et assuré que les soldats avaient rétorqué à des manifestants séparatistes proches de l'IRA (Armée républicaine irlandaise) qui faisaient feu sur eux.

Suggestion lancée

Les militaires affirmaient que des manifestants étaient armés de pistolets et de bombes.

«Ce qui s'est passé, le Bloody Sunday a renforcé l'IRA Provisoire, accru le ressentiment nationaliste et l'hostilité envers l'armée et exacerbé le conflit violent les années qui ont suivi», poursuit le rapport de 5000 pages.

A Londonderry, les familles des victimes se sont succédé sur un podium installé devant la mairie où le rapport a été remis simultanément, pour se féliciter des conclusions de l'enquête publique la plus longue et la plus coûteuse de l'histoire britannique.

«On peut dorénavant proclamer au monde que les morts et les blessés du Bloody Sunday étaient innocents, abattus par balles par des soldats à qui on a fait croire qu'ils pouvaient tuer impunément», a déclaré sous les applaudissements Tony Doherty, dont le père Paddy figurait parmi les tués.

Accusation

Lord Saville a souligné qu'»aucun coup de semonce n'a été tiré» et que «la discipline» manquait «sérieusement» parmi les soldats. Une personne a été visée tandis qu'elle «rampait afin de s'éloigner des soldats» et une autre «tandis qu'elle gisait par terre mortellement blessée».

Le texte accuse aussi des soldats d'avoir «en toute connaissance de cause fait des fausses déclarations afin de tenter de justifier leurs coups de feu».

Le rapport estime que la «responsabilité immédiate» des actes incombe aux soldats mais se garde de recommander toute poursuite judiciaire.

M. Cameron a estimé que la qualification de «meurtre ou homicide involontaire» n'était pas du ressort de la commission Saville ni même des politiciens, sans en dire plus. Le porte-parole du département d'Etat américain, Philip Crowley, a salué la publication du rapport.

(ats/afp)

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