02.01.2019 à 21:32

«Premières vacances»Camille Chamoux: «Tinder? Antiromantique!»

Partir avec un homme rencontré sur Tinder: tel est le thème de «Premières vacances», avec Camille Chamoux, qui a répondu à nos questions.

de
Catherine Magnin

La bande-annonce de «Premières vacances»

L'actrice et «one-woman-showiste» française tient le principal rôle féminin du premier long métrage réalisé par son mari, Patrick Cassir.

Etes-vous sur Tinder?

Mon mari et moi, on s'est rencontrés juste avant son apparition. Mais j'avais exploré auparavant un site de rencontre, AdopteUnMec.com, pour écrire des sketches. En trois ans, c'est devenu une révolution. Dans «Premières vacances», Tinder nous a permis d'assembler deux personnes très différentes, alors que dans la vraie vie, quand vous rencontrez quelqu'un, il a souvent le même mode de vie, il vient du même milieu que vous.

Il y a une forme de dictature?

Il faut que tout aille très vite. Et il y a aussi: il faut faire le bon choix dans tout. Donc Tinder était très accordé avec ce qu'on raconte plus loin dans le film sur TripAdvisor, c'est-à-dire l'obsession du bon choix. «Premières vacances», c'est le croisement de deux thèmes, réussir son couple et réussir ses vacances, qui ont beaucoup de choses en commun.

Le film illustre le moment où l'amour cesse d'être aveugle.

Tout à fait. Les vacances sont un catalyseur des petites manies que vous auriez mis deux ans à repérer... En théorie, une comédie romantique commence par quelque chose d'imprévu et drôle, une fille qui se casse la figure dans la rue et un mec qui passe. Donc Tinder, c'est antiromantique au possible. Mais dès la première rencontre, il y a une sorte de mise à nu de ce que sont les personnages. Notre propos, c'est que le néoromantisme, c'est tomber amoureux d'une vraie personne.

On voit des couilles. On voit vos seins. On fume des joints... Où avez-vous posé votre limite?

Certaines personnes qui font des films sont des agents provocateurs. Dans «Premières vacances», ces scènes viennent toujours de la nécessité de la situation. Ce n'est pas l'exposition des testicules de Romain (ndlr: personnage secondaire joué par Jérémie Elkaïm) qui est en jeu, mais ce que cette gaffe nous permet de comprendre: «Ah, OK, Romain est nu sous son peignoir, Fleur (ndlr: Camille Cottin) aussi, c'est bizarre...»

Marion, votre personnage dans «Premières vacances», est dessinatrice. Vous dessinez?

Alors pas du tout! Je suis la pire dessinatrice du monde! C'est l'avantage du cinéma, on peut s'inventer des talents qu'on n'aura jamais… Par contre, j'ai un point commun avec Marion, c'est que je passe beaucoup de temps à observer les façons de parler, les petits travers, les attitudes de mes contemporains.

Vous avez fait toutes vos cascades?

Quasiment. Je peux vous dire que pour la scène de canyoning, on a été surpris de voir cette grande falaise. On ne savait pas du tout que le décor ressemblait à ça, qu'il y n'avait pas de doublure et qu'il fallait y aller.

Vous avez tourné dans des comédies et des drames. Dans quel registre vous sentez-vous la plus à l'aise?

Je me sens très à l'aise dans les deux registres. Le travail de mon jeu au fur et à mesure que j'avance dans mon métier consiste à ne plus surjouer le ton. Que je sois dans une comédie ou une tragédie, je ne vais pas changer de visage. Par contre, je vais être disponible à ce qu'offre la situation et donc les réactions des spectateurs ne seront pas les mêmes.

Vous avez tourné beaucoup de premiers films, tout comme sous la direction de réalisateurs réputés (comme Roman Polanski pour «D'après une histoire vraie»).

Je trouve qu'il faut essayer d'avoir le luxe de faire les deux. Dans un premier film il y a quelque chose d'extrêmement stimulant, une émulation collective forte, tout le monde est sur un pied d'égalité. A l'inverse quand vous tournez avec un Polanski, c'est une personne qui a un registre accompli, vous prenez une leçon de fabrication de cinéma.

Vacances tue-l'amour

Un clic, une soirée, un coup de folie: au lendemain de leur rencontre sur Tinder, Ben (Jonathan Cohen, en haut) et Marion (Camille Chamoux) décident de partir en vacances ensemble. Il rêve de palace à Biarritz, elle de Beyrouth sac au dos. Ce sera la Bulgarie. Comédie alerte, qui fait voyager sur la carte de géo et celle de la tendresse version 2.0, «Premières vacances» survivra-t-il si la technologie qui lui sert de prétexte se démode?

«Premières vacances» De Patrick Cassir. Avec Camille Chamoux, Jonathan Cohen

«Premières vacances» De Patrick Cassir. Avec Camille Chamoux, Jonathan Cohen

Sortie le 2 janvier 2019

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Patrick Cassir, réalisateur, nous parle de...

Tinder C'était un enjeu à filmer, des gens sur téléphone. Mais le procédé pousse à la consommation rapide. Le début du film, c'est: ils se rencontrent vite, ils couchent vite ensemble, ils partent vite en vacances.

La Bulgarie C'était important pour moi de filmer le pays. Il y a beaucoup de comédies qui se passent à l'étranger et on ne voit rien. Moi, je voulais que les spectateurs se disent: «Tiens, je me balade avec eux.»

La provoc Une volonté que le ton ne soit jamais mignon, de ne jamais embellir la vérité. Quand les personnages s'engueulent, ils s'engueulent. Si vous vous engueulez avec votre conjoint, votre ami ou qui que ce soit, regardez votre engueulade: ça ne va pas être très glorieux.

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