Actualisé 03.11.2016 à 18:19

FranceCampagne choc: «Liker, c'est déjà harceler»

Depuis quelques années, la France tente de rattraper son retard sur ses voisins dans la lutte contre le harcèlement à l'école. Une campagne, ciblée sur le cyberharcèlement, a été lancée.

L'Education nationale organise jeudi la deuxième journée nationale annuelle sur le thème «Non au harcèlement». Cette année, l'accent est mis sur le cyberharcèlement, qui a pour spécificités de disséminer très rapidement les attaques, de favoriser le sentiment d'impunité (car ses auteurs sont souvent anonymes), et de laisser des traces numériques, qui échappent au contrôle du harcelé mais aussi du harceleur.

L'enquête 2016 réalisée sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans 42 pays auprès de collégiens montre une baisse du phénomène en France, pour la première fois depuis 20 ans. Psychologique ou physique, le harcèlement aurait ainsi reculé de 15% au collège entre 2010 et 2014, selon l'enquête «Health Behaviour in school-aged children» (HBSC) conduite tous les quatre ans. La baisse la plus importante, selon les déclarations des enfants interrogés, est relevée en classe de sixième (-33%).

3,2 millions de collégiens se disent victimes

Selon des études françaises, 7% des quelque 3,2 millions de collégiens se disent victimes de harcèlement «sévère», voire «très sévère». Les recherches montrent que le harcèlement reprend de la vigueur «dès qu'il cesse de faire l'objet de politiques ambitieuses», a affirmé mercredi la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem lors d'une conférence de presse, jugeant encore «fragiles» les résultats encourageants de l'enquête HBSC.

Très active chez nos voisins européens depuis la fin des années 1990, la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire fait l'objet d'un dispositif de plus en plus étoffé depuis seulement le début des années 2010 en France, en s'appuyant notamment sur les enquêtes du chercheur Eric Debarbieux.

A l'occasion de cette journée, un clip de sensibilisation a été diffusé pendant une quinzaine de jours par la plupart des chaînes de télévision partenaires de cette journée. Dans ce spot, on y voit une jeune fille découvrir sur son portable un message, «tu ne mérites pas de vivre» sur un réseau social, «liké» par plusieurs de ces camarades de classe. «Liker, c'est déjà harceler» est le message de ce clip de sensibilisation. « Sur internet, les mots peuvent faire du quotidien un enfer, semaine après semaine, mois après mois. Soyons unis pour dire non au harcèlement » a déclaré Najat Vallaud Belkacem.

Horaires élargis pour les plateformes d'aide

Le numéro d'appel 3020, inauguré en 2015, voit cette année ses horaires élargis, de 9H00 à 20H00 du lundi au vendredi et de 9H00 à 18H00 le samedi. Ce numéro gratuit permet écoute, conseils et orientations aux personnes appelant pour signaler une situation de harcèlement à l'école. Il a reçu près de 65'000 appels au cours des douze derniers mois, soit cinq fois plus que le dispositif téléphonique précédent, moins connu.

Autre dispositif, le «net écoute», doté lui aussi d'un numéro de téléphone (0800 200 000) et d'un site internet (http://www.netecoute.fr/). Quelque 200'000 membres de l'Education nationale ont été formés à la lutte contre le harcèlement, un effectif qui atteindra 300'000 personnes fin 2016, a précisé la ministre. Des «protocoles», conçus par des chercheurs, ont été distribués dans les établissements pour guider les directions et enseignants confrontés à des cas de harcèlement. Ils conseillent par exemple de ne pas convoquer ensemble harceleur et harcelé dans le bureau du directeur.

Des adultes extérieurs à l'école sont également mobilisés. Jacky Pamart, un étudiant de 21 ans, se rend quasiment chaque semaine dans un établissement de sa région pour sensibiliser les élèves au phénomène, dans le cadre de l'association Hope for education.

«Notre déménagement m'a sauvé»

En classe de 6ème, il souffrait d'un bégaiement prononcé et était la cible d'insultes et de coups de la part de collégiens plus âgés. Il n'a rien dit à personne. «J'avais honte. Je pensais que j'avais dû rater quelque chose». Ses camarades le lâchent, il ne dit rien à ses parents «pour ne pas leur faire de la peine».

«Notre déménagement en fin d'année scolaire m'a sauvé», dit-il. Dans son nouveau collège, il évoque sa situation avec un professeur d'histoire et géographie, qui organise une discussion en classe. Aujourd'hui, les langues se sont déliées et les établissements disposent d'«outils» pour combattre le harcèlement, estime l'étudiant.

Les enfants victimes de harcèlement souffrent presque davantage du sentiment d'être exclus du groupe que des violences subies, note Marie Quartier, psychologue. «Il n'y a pas de recette miracle» car chaque contexte est particulier, mais elle tâche d'apprendre à ses jeunes patients à «renvoyer au harceleur ce qu'il dit sur lui-même lorsqu'il harcèle». (20 minutes/afp)

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