Actualisé 02.03.2016 à 08:00

GenèveCamping de la colère pour les stagiaires de l'ONU

Peu ou pas payés, les jeunes qui effectuent un stage aux Nations Unies dénoncent la précarité de leur statut. Ils ont monté des tentes à la place des Nations pour attirer l'attention de l'institution sur leur sort.

de
David Ramseyer

«Le premier mois, j'ai perdu 4 kilos. C'était sans doute dû au stress de ma situation, ajouté au fait que je n'avais pas assez d'argent pour pour bien me nourrir.» Brésilienne de 28 ans, Fernanda Dutra, comme bien d'autres, a dénoncé ce mardi les conditions drastiques de ses six mois de stages à l'ONU. Une vingtaine de manifestants a établi symboliquement un camping sauvage sur la place des Nations. Une autre manifestation a aussi eu lieu à New-York (USA), siège principal de l'institution.

Mis à part au Bureau International du Travail (BIT) ou encore à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), où ils sont rémunérés 1800 fr. par mois, les milliers de jeunes venus acquérir une première expérience professionnelle au sein des organisations onusiennes ne sont tout simplement pas payés. C'est le cas de plus de 68% d'entre eux, indique une étude de la «Geneva Interns Association», datée de 2013.

«Je ne reçois aucun salaire. Sans l'aide de mes parents, il me serait impossible de tenir», confirme Vi Tran, 30 ans, stagiaire américaine au HCR. «Même avec 1800 fr. mensuels, c'est très difficile de pouvoir payer son logement, sa nourriture et les transports», remarque Jonas Bausch, un Allemand qui vient d'achever son stage au BIT.

Assemblée de l'ONU interpellée

Sous la bannière de la «Fair Internship Initiative» qui représente des milliers de stagiaires onusiens dans le monde, les manifestants espèrent que l'ONU prendra conscience de leur situation. Et ce, alors que la Cinquième Commission de l'Assemblée des Nations Unies, chargée des dossiers administratifs et budgétaires, siège à New-York toute la semaine. Elle se penchera notamment vendredi sur les questions de ressources humaines.

Les salaires ne constituent pas la seule revendication des protestataires. «Si nous demandons une rémunération de base d'environ 2'200 fr par mois, nous nous battons aussi pour une juste représentation des jeunes venant de pays défavorisés, un statut plus clair et de meilleures perspectives professionnelles», souligne Alex, 26 ans et représentant de la «Fair Internship Initiative». En effet, une clause empêche en principe les stagiaires de postuler à l'ONU durant les six mois qui suivent leur formation, afin d'éviter la cooptation, selon l'organisation.

Aux états de payer, pas à l'ONU?

«Nous comprenons et soutenons les revendications des stagiaires», assure le porte-parole de l'ONU à Genève. Ahmad Fawzi souligne cependant que le secrétariat des Nations Unies n'est pas autonome financièrement: il dépend des contributions des états membres. «C'est donc à eux d'avancer des fonds pour payer les stagiaires. Ces derniers devraient donc faire du lobbyisme auprès de leur délégation, pas auprès de l'ONU». A l'interne, on estime qu'une rémunération de tous les stagiaires coûterait des millions de dollars. Certains affirment que cela pourrait à terme entraîner une baisse des places de stage disponibles que seuls les pays riches pourraient financer.

«Le secrétariat des Nations Unies et les états membres se renvoient la balle, soupire Alex. Je pense que tous sont conscients du problème, mais pas de sa gravité.»

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