Actualisé 02.08.2012 à 12:42

JO 2012 - Cyclisme

«Cancellara était la référence jusqu'en 2009»

Champion olympique du contre-la-montre, Bradley Wiggins s'est confié à chaud en conférence de presse, mercredi. Morceaux choisis.

de
Oliver Dufour, Londres
L'Anglais est déjà assuré d'avoir un timbre à son effigie.

L'Anglais est déjà assuré d'avoir un timbre à son effigie.

- Que pensez-vous de devenir «Sir Wiggo»?

Ca ne sonne pas très bien, malgré le fait que ça serait un honneur d'être anobli. Mais je pense que c'est un titre que je rangerais simplement dans un tiroir. Je ne l'utiliserais jamais. Moi, je serai toujours juste Brad.

- Brad, à quel moment avez-vous réalisé que l'or vous était promis?

C'est «Sir» pour vous (n.d.l.r.: il sourit)! Ca n'est jamais fini jusqu'à ce qu'on franchisse la ligne. En fait, quand je suis arrivé, j'ai encore dû attendre que Fabian Cancellara termine. Et puis après j'ai demandé des confirmations au moins cinq fois pour être sûr. Même maintenant, je n'en suis pas certain.

- Peu avant votre départ, l'Espagnol Luis Leon Sanchez a été frappé par la malchance en descendant de la rampe de lancement. Son pédalier a lâché. Qu'avez-vous pensé de la scène?

On l'a vu arriver sous nos yeux. Mais ça n'aurait pas pu m'arriver. J'ai un bon mécanicien.

- Le fait de gagner l'or à Londres, chez vous, ajoute sans doute de l'attachement émotionnel à cette épreuve.

Vous savez, je n'ai jamais vraiment considéré que c'était Londres, ici (n.d.l.r.: la course se déroulait à Hampton Court, ancien palais royal, tout à l'ouest de la capitale). A l'époque, ça s'appelait les Home Counties.

- Avez-vous réalisé l'ampleur du vacarme sur la route durant votre course?

Il aurait fallu être sourd pour ne pas l'entendre. Le moment le plus impressionnant a été le passage du rond point de Kingston. Le bruit était incroyable. Phénoménal. Plus jamais je ne vivrai une chose pareille!

- Vous êtes désormais l'athlète le plus médaillé de l'histoire britannique. Quelle place cela tient-il dans votre coeur?

Le fait d'être mentionné dans la même phrase que Steve Redgrave (6 médailles en aviron) et Chris Hoy (5 médailles en cyclisme sur piste) est un honneur. Mais au bout du compte, c'est l'or qui importe pour moi. Ce n'est pas si important d'avoir sept médailles, si elles n'ont pas la bonne couleur. Le nombre principal pour moi est quatre, pas sept. Je dois continuer jusqu'aux Jeux de Rio en 2016.

- Comment ferez-vous pour digérer ce succès dans les prochaines heures?

Quelques vodka-tonic devaient aider.

- Entre votre victoire au Tour de France et aux Jeux olympiques, y a-t-il une différence dans la façon dont on vous aborde?

Oui, aux JO c'est toujours très positif. Avant le Tour de France, tout ce dont les gens on envie de vous parler, ce sont vos la taille de vos favoris et la couleur de votre pantalon. Puis arrive ce maillot jaune et toute une série de nouvelles questions. «Que se passera-t-il si vos jambes s'arrachent, ou si un extraterrestre traverse la route durant le contre-la-montre?» Aux Jeux olympiques on est plus protégé. C'est avant tout une affaire de performance et on se contente de parler de ça. C'est ce qui est génial.

- Comment gérez-vous votre célébrité?

Je mène une existence normale et je ne vais pas changer. Je m'entraîne fort pour atteindre mes buts. Je ne suis pas une célébrité et je ne le serai jamais. Je méprise ce culte de la personnalité. Dans notre pays, on est devenus tellement fasciné par la vie de gens qui n'ont jamais réussi quoi que ce soit dans leur vie. Je veux retrouver ma vie normale. Est-ce que ça arrivera est une autre question. J'imagine que c'est pour ça que des gens finissent au Priory (n.d.l.r.: un réseau hospitalier de traitement psychiatrique).

- Vous allez quand même peut-être servir de modèle à des gens.

J'imagine que certains seront inspirés par ça. On parle toujours de l'héritage, mais ce sont les athlètes eux-mêmes qui inspirent quelque chose. Ici, c'est un site qui ne coûte rien à utiliser. Ils n'ont rien eu à construire ou à rénover. D'ailleurs le terrible état de la route en témoigne! Quand on sera partis, n'importe qui pourra utiliser le circuit en faisant semblant d'être l'un de nous. C'est ça le cyclisme. Accessible à n'importe qui.

- Vous-même, vous avez pu vous appuyer sur des coureurs comme Fabian Cancellara ou Tony Martin pour vous améliorer?

Pendant de nombreuses années, Fabian a placé la barre toujours plus haut. Tout le monde était à sa poursuite. Il a sans doute atteint le faîte de son talent en 2009, aux Mondiaux de Mendrisio, où il a annihilé la concurrence. Tout le monde se disait: «Comment on va battre ce gars?» Depuis ce moment, mon équipe de coaches a étudié les questions de puissance et de cadence. Tony Martin a fait pareil en dépassant Fabian l'an dernier. Et nous étions tous assez loin derrière. C'est ça le sport. Soit tu peux abandoner, comme la plupart des gens et dire «il se dope» ou «c'est impossible de combler l'écart». Ou alors tu dis: «ce mec est un athlète incroyable. Observons ce qu'il fait.» La chose principale que nous ayons faite pour moi est de modifier la cadence.

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