Sécurité routièreCannabis au volant, l’OFSP remet en cause les valeurs limites
On se fait plus rapidement retirer son permis de conduire après avoir fumé des joints qu’après avoir bu des verres. Selon une récente étude de l’Office fédéral de la santé publique, les valeurs limites pour le cannabis seraient trop basses par rapport à celles qui valent pour l’alcool.
- par
- ofu

C’est un secret de polichinelle: nombre de personnes privilégient le joint à la bière, en rentrant chez elles après une journée de travail. Le cannabis est la drogue la plus consommée en Suisse, juste après l’alcool. Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), un tiers des Suisses a déjà consommé au moins une fois du cannabis: 8% de la population a eu recours à ce stupéfiant au cours de l’année précédente et 4% durant le mois précédent, rapporte ce jeudi «Blick».
Le journal alémanique rappelle que les autorités ont une certaine tolérance en ce qui concerne l’alcool. Pour les usagers de la route, le taux limite a ainsi été fixé à 0,5‰ (et à 0,1 ‰ pour les apprentis conducteurs, les profs d’auto-école, les chauffeurs professionnels et les accompagnateurs). En revanche, comme le cannabis est considéré comme une drogue illégale, la tolérance zéro est de mise. Dans les faits, la valeur limite en THC a été fixée à 1,5 ng/mL, soit juste au seuil du détectable.
Tolérance zéro pour le cannabis
Selon «Blick», le problème réside dans le fait qu’il existe des données concrètes pour l’alcool, déterminant à partir de quand une personne n’est plus apte à conduire. Pour le cannabis, non: chaque consommateur réagit différemment à la substance, et il ignore quel est son taux de THC. Le sport et les régimes influencent par ailleurs le taux de THC dans le sang des personnes testées. En Suisse, une personne contrôlée positive au THC encourt un retrait de permis d’au moins trois mois. Les frais, eux, varient énormément d’un cas à un autre.
Tout le monde s’accorde pour dire que les drogues n’ont rien à faire au volant. Or dans les faits, l’alcool, qui est légal, est modérément toléré. Le cannabis, illégal, ne l’est pas. La question de savoir si cela est justifié ou non est de nature politique, note le quotidien alémanique. Une étude de l’Université de Bâle, commandée par l’OFSP, relance cependant le débat.
L’étude en question en vient à la conclusion suivante: 0,5‰ ne correspond pas à 1,5 ng/mL de THC, mais plutôt à 3 à 4,1 ng/mL de THC. L’étude esquisse par ailleurs trois scénarios possibles pour l’avenir: une augmentation de la valeur limite à 3 ng/mL de THC, l’introduction d’un système à niveaux comme pour l’alcool ou alors une tolérance zéro comme c’est le cas actuellement. Pour finir, les auteurs de l’étude concluent: «Au nom de la sécurité routière, on prend en compte le fait que des personnes soient punies alors que leur aptitude à conduire n’est pas altérée.»