Mafia des cigarettes: Carla del Ponte entendue comme témoin

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Mafia des cigarettesCarla del Ponte entendue comme témoin

Carla del Ponte a été entendue comme témoin lundi dans le nouveau procès de la mafia des cigarettes qui s'est ouvert vendredi au Tribunal pénal fédéral à Bellinzone.

Carla del Ponte a jugé «absurdes» certaines déclarations de témoins.

Carla del Ponte a jugé «absurdes» certaines déclarations de témoins.

L'ex-procureur de la Confédération et du Tribunal pénal international Carla del Ponte a été citée à comparaître pour la première fois dans cette affaire par le Ministère public de la Confédération (MPC) parce que, quand elle était encore procureur au Tessin, elle a été confrontée à plusieurs reprises au propriétaire d'une officine de change tessinoise, un des neuf accusés de ce procès. Elle s'est souvenue que le négociant de devises gagnait beaucoup d'argent via le commerce de cigarettes.

Sa comptabilité a cependant toujours été irréprochable. Il n'a jamais pu être établi que l'argent négocié dans son bureau pouvait être sale et provenir du commerce de drogue du crime organisé. Carla del Ponte est toujours partie du principe que cet homme de 76 ans ne voulait pas être mêlé à de telles affaires.

La magistrate retraitée n'a pas voulu confirmer une remarque qu'elle aurait faite à l'interne au juge d'instruction fédéral en 2007, selon laquelle le prévenu était un renard rusé. «Si nous avions eu un soupçon concret, nous aurions alors ouvert une instruction», a-t-elle précisé.

Absurde

Mme del Ponte a jugé «absurdes» certaines déclarations de témoins qui l'auraient vue faire la fête et boire des verres à Lugano avec le prévenu. Elle a en revanche confirmé lui avoir déclaré lors d'auditions que le trafic de cigarettes n'était en lui-même pas pénalement répréhensible en son temps en Suisse.

Lors du premier procès il y a deux ans, le négociant de devises avait déclaré que ses activités bénéficiaient de la bénédiction de la justice italienne. Ce qu'un autre ex-procureur tessinois, appelé à la barre vendredi, n'a pas voulu confirmer.

Le procès se poursuit mardi avec l'administration des preuves. Le réquisitoire est prévu mercredi, puis les plaidoiries en fin de semaine. Le jugement ne sera rendu public que le 21 mars.

Premier jugement cassé

Le Tribunal fédéral avait cassé un premier jugement prononcé en 2009, dans lequel sept accusés avaient été acquittés et deux avaient écopé d'une peine avec sursis. Tous les neuf doivent à nouveau être jugés.

Les accusés, huit hommes et une femme, sont poursuivis pour participation ou soutien à une organisation criminelle, ainsi que pour blanchiment d'argent. Il s'agit de quatre Suisses, trois Italiens, un Français et un Espagnol résidant à Delémont. Seuls sept étaient présents lundi; un est excusé pour raisons de santé et un autre est en détention en Italie.

Armes et drogue

Le cas rejugé à Bellinzone est étroitement lié au trafic de cigarettes de contrebande, acquises avec de l'argent provenant de la vente d'armes et de drogue. De 1996 à 2000, une organisation internationale aurait écoulé 215 millions de cartouches de blondes vers le marché italien - où les cigarettes sont soumises au monopole de l'Etat - via le Monténégro.

Selon le MPC, ce juteux marché était contrôlé conjointement par la Camorra napolitaine et par la Sacra Corona Unita, la mafia des Pouilles.

Des courriers transportaient les recettes du trafic en Suisse où l'argent devait être blanchi, plus d'un milliard de francs, selon le MPC. Celui-ci avait qualifié le cas d'»affaire de criminalité organisée la plus importante découverte en Suisse».

Verdict «surprenant»

En juillet 2009, le Tribunal pénal fédéral annonçait un verdict «surprenant et déconcertant» pour le MPC: seuls deux des accusés étaient reconnus coupables de soutien à une organisation criminelle, et écopaient de deux respectivement neuf mois de prison avec sursis, les sept autres inculpés étant acquittés.

Fin mars de l'an dernier, le Tribunal fédéral acceptait le recours du MPC et des deux condamnés. Désavouant la Cour sise au Tessin, il ordonnait un nouveau procès. (ats)

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