«Yuli»: Carlos Acosta ou l'étoile qui ne voulait pas danser
Actualisé

«Yuli»Carlos Acosta ou l'étoile qui ne voulait pas danser

Le fabuleux destin du premier danseur noir à tenir le rôle principal de ballets classiques valait bien un film.

par
Catherine Magnin

Voilà un parcours qui donnera des sueurs froides à tous les ados qui se braquent contre la voie que veut leur imposer leur paternel. Parce que Carlos Acosta, danseur vedette (on dirait bien «étoile», même si ce titre est réservé à l'Opéra de Paris) notamment au Royal Ballet, à Londres, ne voulait pas danser, lui! C'est son père qui l'a forcé, convaincu que son garçon avait du talent et que ce talent le ferait sortir du lot, sortir de Cuba. Car Carlos est issu d'un quartier défavorisé de La Havane, où il n'avait pour jouet qu'un ballon percé et un corps de breakdancer. Et il avait raison, le paternel! Yuli, comme il surnommait son fils d'après un dieu africain de la guerre, est devenu le premier danseur étoile cubain et noir à interpréter Roméo, entre autres.

Attaché à son Cuba natal

À cette success-story, la réalisatrice Iciar Bollain mêle l'histoire d'une famille et tout un pan de celle de Cuba. Dans son envol vers la gloire, Carlos est tenaillé par la nostalgie de son passé de descendant d'esclaves, et par le sentiment de culpabilité de celui qui a réussi à quitter l'île, contrairement à ses amis d'enfance. Ce dilemme, «Yuli» l'illustre avec force reconstitution et réinterprétation des souvenirs par Acosta lui-même, qui les chorégraphie. Le tout saupoudré d'instants d'apesanteur et d'archives (ah, le bonheur de revoir la prestation de Carlos au Prix de Lausanne, qu'il avait survolé en 1990). Rien n'est appuyé, tout est dit, et fait de «Yuli» un modèle du genre.

Carlos Acosta lors du Prix de Lausanne 1990:

«Yuli»

D'Iciar Bollain. Avec Carlos Acosta, Santiago Alfonso, Kevyin Martinez.

Sortie le 5 juin 2019

****

Ton opinion