Espagne: Carton jaune à la droite et percée des «indignés»
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EspagneCarton jaune à la droite et percée des «indignés»

Après des années de crise et d'austérité, les élections municipales et régionales dimanche en Espagne ont tourné au vote sanction contre la droite au pouvoir depuis 2011.

Rendue célèbre par sa lutte contre les expulsions de familles frappées par la crise, Ada Colau (au centre) est en passe de devenir la première maire «indignée» d'Espagne après être arrivée en tête dimanche aux élections municipales à Barcelone.

Rendue célèbre par sa lutte contre les expulsions de familles frappées par la crise, Ada Colau (au centre) est en passe de devenir la première maire «indignée» d'Espagne après être arrivée en tête dimanche aux élections municipales à Barcelone.

Les «indignés» pourraient gagner Barcelone et Madrid, faisant voler en éclats le bipartisme qui organisait la vie politique depuis la fin du franquisme. En nombre de voix, le Parti populaire (PP, droite) est arrivé en tête, avec 27% des voix. Mais la formation du chef du gouvernement Mariano Rajoy , qui dirigeait 13 régions sur 17, a perdu 2,5 millions d'électeurs et réalise son pire score depuis 1991.

Le PP pourrait être chassé du pouvoir dans six régions: en Estrémadure (ouest), où le Parti socialiste (PSOE) est en tête, et dans cinq autres par le jeu des alliances: Aragon (nord), Cantabrie (nord), Castilla La Mancha (centre), les Baléares (est) et enfin son bastion de Valence (est), gangréné par la corruption.

Nouvelles forces

Et ce recul ne profite pas au PSOE. Les deux partis traditionnels ne totalisent plus à eux deux que 52% des votes, contre 65% il y a quatre ans, selon la totalisation du ministère de l'Intérieur. L'irruption de nouveaux partis a mis à mal leur hégémonie qui remonte à 1982.

Né en 2014, Podemos s'est imposé comme troisième force dans une dizaine de régions sur les treize qui votaient dimanche, en promettant de lutter contre les inégalités et la corruption. Son rival de centre-droit Ciudadanos a revendiqué la troisième place aux municipales, où il se présentait pour la première fois.

Victoire des «plates-formes citoyennes»

Et dans les grandes villes, des «plates-formes citoyennes», issues du mouvement des indignés ayant manifesté à travers l'Espagne contre l'austérité et la corruption, sont aux portes du pouvoir. A condition de savoir former des coalitions.

A Barcelone, la liste de l'«indignée» Ada Colau, une militante anti-expulsions, est arrivée en tête devant celle du maire nationaliste sortant Xavier Trias. Mais elle ne pourra pas gouverner seule.

«A l'évidence, nous donnerons la priorité au Parti socialiste, à Esquerra Republicana (ERC, gauche indépendantiste) et la CUP (indépendantistes de gauche et d'extrême gauche) pour trouver des accords, ce qui ne veut pas dire qu'il ne puisse y avoir des accords ponctuels sur des questions prioritaires» avec d'autres partis, a-t-elle déclaré lundi.

A Madrid, la liste de «Ahora Madrid» avec l'ex-juge Manuela Carmena, comprenant notamment Podemos, est deuxième après celle du PP (20 conseillers contre 21). Une alliance avec le PSOE, qui a recueilli neuf sièges, lui donnerait la majorité.

Rénovation du système

Pedro Sanchez, secrétaire général du PSOE (25% des voix au niveau national), a estimé que les Espagnols voulaient un coup de barre à gauche, assurant que son mouvement ferait en sorte qu'il y ait «des gouvernements progressistes».

Mais, pour les observateurs, les Espagnols veulent aller plus loin, en obligeant leurs élus à apprendre à former des coalitions. «Nous assistons à une évolution fascinante qui peut déboucher sur une rénovation du système politique, qui sera plus diversifié, tout comme la société espagnole», a estimé Narciso Michavila, de l'institut de sondage GAD3.

Le chef de Podemos, Pablo Iglesias, a ainsi affirmé lundi que «notre main est tendue. Mais ceux qui voudraient s'entendre avec nous doivent assumer que la manière de faire de la politique doit changer». Le leader de Ciudadanos, Albert Rivera, a de son côté salué la fin du bipartisme et estime que ce vote «montre qu'il y a de la place pour une troisième voie en Espagne».

Selon un récent sondage de Metroscopia, 76% des Espagnols veulent qu'aux législatives le PP et le PSOE ne soient plus seuls sur scène et partagent avec d'autres partis. «Les citoyens sont prêts pour cette nouvelle politique de négociation, de pactes, et d'accords. Ceux qui ne sont pas prêts apparemment, ce sont les hommes politiques», a commenté Juan Toharia, directeur de Metroscopia. (ats)

Rajoy convaincu de remporter les législatives, malgré son revers

Le chef du gouvernement conservateur espagnol Mariano Rajoy s'est dit convaincu lundi de remporter les élections législatives à la fin de l'année malgré les revers subi par son parti aux municipales et aux régionales de dimanche.

«Nous avons subi une perte de voix importante et nous ne pouvons pas être satisfaits», a-t-il déclaré à la presse après une réunion des instances dirigeantes de son Parti populaire (PP). Mais le PP est le parti qui a recueilli le plus de voix dimanche et «la victoire est indiscutable», a-t-il ajouté.

«Je suis absolument convaincu qu'aux prochaines élections les Espagnols vont reconnaître l'effort» du gouvernement pour surmonter la crise, a-t-il dit. Il a néanmoins estimé que son parti devait être «plus proche des citoyens et mieux communiquer avec les Espagnols», tout en écartant tout remaniement du gouvernement et tout changement à la tête du parti.

Au Pays basque espagnol, les indépendantistes ont perdu du terrain

La gauche indépendantiste basque espagnole, qui avait bénéficié du renoncement à la violence de l'ETA en 2011, a, quatre ans plus tard, subi un recul aux élections locales au Pays basque face aux nationalistes conservateurs, en particulier à Saint Sébastien, où elle perd la mairie.

La coalition EH Bildu, rassemblant des partis indépendantistes et de gauche, dont les héritiers de Batasuna, bras politique de l'ETA, n'est plus la première force municipale à Guipuzcoa, son bastion traditionnel, selon les résultats définitifs des élections municipales organisées dimanche dans la région, qui renouvelait aussi ses assemblées provinciales.

Sur la région, elle garde 896 conseillers municipaux, mais passe de 25,4% en 2011 à 23,4% des voix. Le Parti nationaliste basque (PNV, droite) compte lui 1.017 conseillers, soit 33,1% des suffrages et 3% de mieux qu'en 2011.

Surtout, Bildu perd sa vitrine de Saint Sébastien, élégante ville sur la mer qui sera en 2016 capitale européenne de la culture, et où le maire sortant Juan Karlos Izaguirre, devra céder la place.

Bildu y est relégué à la troisième place , derrière le PNV (9 sièges) et les socialistes (7) qui pourraient s'allier.

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