Suisse: Casino: protection des joueurs renforcée

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SuisseCasino: protection des joueurs renforcée

Les joueurs exclus des casinos pour cause d’addiction seront mieux suivis. De nouvelles directives préconisent également une harmonisation dans le suivi des personnes à risques.

Les joueurs de casino ayant des comportements à risques seront mieux suivis en Suisse.

Les joueurs de casino ayant des comportements à risques seront mieux suivis en Suisse.

AFP

Entrée en vigueur en 2019, la loi sur les jeux d'argent prévoit que les casinos doivent s'associer avec un service spécialisé en addictions pour autoriser une personne interdite de jeu à rejouer. Cette procédure se faisait de manière très différente d'un canton à l'autre, faute de directives fédérales en la matière. La Fédération des professionnels des addictions a donc adopté les premières normes suisses pour les levées d'exclusion de jeu, dans le but de les harmoniser au niveau national et d'éviter les inégalités d'un canton à l'autre. Les entretiens d'évaluation menés par un spécialiste durent parfois à peine un quart d’heure pour statuer sur des situations souvent complexes», a rappelé la Fédération des professionnels des addictions. Lors de l'adoption de cette loi, les milieux de la prévention avaient déploré son manque d'efficacité à protéger les joueurs.

Aperçu détaillé de la situation financière

Dorénavant, le spécialiste en addictions va recevoir en amont un aperçu détaillé de la situation financière du joueur banni, des informations sur les motifs de son exclusion des casinos et son comportement de jeu. Les milieux de la prévention s’attendent à un double effet: une augmentation de l’utilisation des casinos en ligne à cause de la crise sanitaire, couplée à une hausse des exclusions et des demandes de levées d’exclusion.

Comportement évalué

L’accent a également été mis sur le suivi du joueur banni qui obtiendrait un feu vert pour rejouer. Son comportement de jeu est évalué par le casino deux à quatre mois après la levée d’exclusion. La réévaluation a lieu au plus tôt après six mois de déblocage. Les résultats sont communiqués au service spécialisé s’il y a risque de récidive.

«J’espère ne pas sombrer encore»

Steve*, quinquagénaire yverdonnois, connaît des problèmes d’addiction depuis les années 1990. «J’ai d’abord joué en France jusqu’en 2006. J’étais maître d’hôtel. J’ai englouti plusieurs centaines de milliers de francs au casino. Un jour, je me suis rendu compte qu’il était temps d’arrêter», se souvient-il. Après son exclusion volontaire, le frontalier vient s’installer en Suisse et commence une nouvelle vie. Mais, assez rapidement, ses vieux démons le rattrapent. «Je jouais un peu partout en Suisse romande. En trois soirs d’affilée, j’ai gagné en tout 30’000 fr. à Genève. Mais j’ai tout rejoué et tout perdu», se désole Steve. En 2018, il prend de nouveau la décision de s’autoexclure des jeux. «Je jouais en solo. Cela me procurait de l’adrénaline. Pour être honnête, ça me manque. J’espère que je ne vais pas sombrer de nouveau.»

*Prénom d’emprunt

Jeux en ligne et exclusions en hausse

À la fin de l'année 2019, le nombre de joueurs interdits de casinos («réels» et en ligne) en Suisse était de 61’452. Gendarme de ce domaine, la Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ) délivre les autorisations et surveille les casinos. Si, en moyenne, le nombre de nouvelles exclusions par année se chiffre à 3500, il a atteint un total de 4’278 en 2019. Une hausse de 22% que Camille Robert, spécialiste du jeu au Groupement romand d’études des addictions (GREA), explique par les nouvelles offres en ligne avec la nouvelle loi sur les jeux d’argent entrée en vigueur en 2019. «Lors de la consultation sur la nouvelle loi, le GREA avait déjà évoqué les défis que cette ouverture représentait pour les milieux de la prévention», rappelle la chargée de projets. Les maisons de jeu doivent disposer d’un concept de protection sociale dans lequel elles définissent les mesures prévues de protection des joueurs . Elles doivent en particulier prendre des mesures en matière d’information, de détection précoce, d’autocontrôle et de limitation de jeu. L’exclusion peut être ordonnée par la maison de jeu, en particulier quand des mises disproportionnées sont engagées, comme elle peut émaner de la propre volonté du joueur. Il existe un registre national des personnes exclues. Ce qui fait que, par exemple, un joueur exclu à Neuchâtel ne pourra pas aller jouer à Montreux. Quant à la levée de l’exclusion, elle doit provenir de l’intéressé. A ce jour, elle était évaluée par la maison de jeu concernée et un spécialiste ou un service spécialisé. Les tribunaux civils sont compétents pour traiter les recours contre une décision d'exclusion d'une maison de jeu ainsi que contre un refus de lever l'exclusion.

(APN)

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