Politique extérieure: Ce à quoi pourrait ressembler la «neutralité coopérative» de la Suisse

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Politique extérieureCe à quoi pourrait ressembler la «neutralité coopérative» de la Suisse

Berne veut repenser la neutralité de notre pays et privilégierait la neutralité coopérative. Le groupe de réflexion Foraus a étudié cette piste et lance ses recommandations.

La neutralité coopérative d’Ignazio Cassis a fait réfléchir le groupe de réflexion Foraus.

La neutralité coopérative d’Ignazio Cassis a fait réfléchir le groupe de réflexion Foraus.

Reuters

La neutralité suisse devrait évoluer ces prochains mois. Un rapport interne établi par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et commandé par Ignazio Cassis lui-même évalue différentes options concernant l’avenir de la politique de neutralité. Et dans ce document – qui n’a pas encore été rendu public – la «neutralité coopérative» serait la voie privilégiée par le Conseil fédéral. Du coup, le groupe de réflexion Foraus a étudié ce concept pour tenter de savoir à quoi pourrait ressembler une telle politique. Il en a tiré un rapport et des recommandations à l’intention des politiciens.

D’abord, selon les auteurs du rapport, la Suisse doit passer d’une neutralité actuellement axée «sur les acteurs» à une neutralité basée «sur ses valeurs». «Cela exige que la Suisse se positionne selon ses propres principes, sans se ranger du côté de l’État A ou de l’État B», explique l’un des auteurs, Carl Jauslin. Car la neutralité exige une certaine impartialité en ce qui concerne les parties en conflit, mais pas en ce qui concerne les valeurs. Sinon la neutralité se dégrade en indifférence, ce qui entraîne des coûts politiques élevés à moyen terme, estime Foraus.

Des lignes directrices exigées

Ensuite le groupe de réflexion suggère que la Suisse passe d’une neutralité passive et réactive à une neutralité proactive. Le droit constitutionnel et le droit international offrent une excellente base pour une politique de neutralité impartiale basée sur des valeurs», souligne Foraus. Ce qui empêche les tentatives de pression et d’influence, estime-t-il. La Suisse renforcerait ainsi à la fois son indépendance et sa crédibilité.

Foraus estime aussi que l’idée d’une Suisse neutre, comme le préconise l’UDC, n’est pas imaginable. «Il faut abandonner l’illusion d’une Suisse entièrement indépendante, car cela nous isole de l’étranger, souligne Foraus. Il faut donc passer à une neutralité coopérative qui renforce et qui n’affaiblit pas le multilatéralisme. Cela exige une interprétation moderne de la notion constitutionnelle d’indépendance de la Suisse. Celle-ci ne peut pas être comprise comme une indépendance au sens large, mais uniquement comme une indépendance intérieure, liée à une position au sens strict du terme», souligne le groupe. Et de proposer une ligne directrice: «Indépendance dans la formation des positions de politique étrangère, coopération dans la mise en œuvre».

Coalition d’Etats neutres

Mais pour que la Suisse ait une politique de neutralité crédible et efficace, il faut aussi des conditions-cadres, estime le rapport. Raison pour laquelle les auteurs demandent justement à Ignazio Cassis des lignes directrices claires à renouveler tous les quatre ans.

Enfin, au niveau international, la Suisse doit former une coalition avec d’autres États neutres et engager un dialogue avec d’autres acteurs sur le thème de la neutralité, sa signification et son rôle dans un monde toujours plus polarisé.

Pour rappel, le président de la Confédération Ignazio Cassis avait introduit pour la première fois la notion de «neutralité coopérative» en mai lors du Forum économique mondial (WEF) à Davos. Son département a depuis rédigé un rapport, afin de créer les bases d’un débat politique sur le sujet. Le document devrait être adopté par le Conseil fédéral, d'ici la fin de l'été.

(cht)

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