France: «Ce gouvernement est devenu fou»
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France«Ce gouvernement est devenu fou»

La presse française en convient: la démission du gouvernement français représente «la dernière chance du président», en train de perdre les pédales.

Valls 1 aura été l'un des gouvernements de la Ve République à la vie la plus courte.

Valls 1 aura été l'un des gouvernements de la Ve République à la vie la plus courte.

Les éditorialistes français évoquaient mardi de façon quasi unanime une grave «crise de régime» après la démission du gouvernement liée à de profondes divergences sur le cap économique du président socialiste François Hollande, qui doit saisir «la dernière chance» de «sauver son mandat». Au lendemain de la violente crise gouvernementale marquée par les départs d'Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, en désaccord avec la politique «austéritaire» du chef de l'Etat, «la spectaculaire litanie des crises politiques est loin de prendre fin. Au contraire, tout porte à croire qu'elle va aller en s'aggravant, comme en sont convaincus les journalistes des «Echos». Car ces crises politiques ne sont jamais que les symptômes de maux économiques qui vont en s'amplifiant... Si l'exécutif ne change pas de braquet, le pays est condamné à vivre longtemps encore en régime de crise.»

«Libération» va encore plus loin: «Chacun ou presque sait maintenant que les critiques d'Arnaud Montebourg envers l'austérité européenne sonnent juste. Elles sont partagées, avec des variantes de forme, par le FMI, une ribambelle de Prix Nobel, la gauche européenne, le «New York Times» et maintenant Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, qui plaide à son tour -tout arrive -pour l'assouplissement budgétaire et la relance. Avec ou sans Montebourg, il faudra répondre aux questions qu'il a posées. L'autorité est nécessaire dans un gouvernement.»

Crise d'ego?

Sans surprise, «Le Figaro» se montre, lui aussi, très critique. «Comment ne pas reconnaître dans ce gouvernement devenu fou, ce Parti socialiste fracassé, cette majorité en charpie, tous les ingrédients d'une crise de régime dont les conséquences sont encore incalculables?» lance Alexis Brézet. Pourquoi une mesure aussi spectaculaire, alors que le renvoi des ministres mutins aurait suffi? «On peut penser que Manuel Valls a imposé au chef de l'Etat la fin de la cohabitation surréaliste de deux stratégies économiques au sommet de l'Etat. Sa reconduction immédiate à Matignon fait de lui l'homme fort de l'exécutif, qui va choisir autour de lui une équipe sans états d'âme», explique «Le Journal de la Haute-Marne».

Selon l'Elysée, le choix d'une démission de l'ensemble du gouvernement, plutôt que d'un remaniement limité, «visait à s'assurer que le nouveau s'inscrirait totalement et réellement dans la cohérence de la ligne fixée par le chef de l'Etat». Crise d'ego et intolérance totale, s'interroge aussi «L'Humanité». «Ils ne veulent voir que deux têtes. Les leurs. Derrière, rien ne doit dépasser, alignement total. François Hollande et Manuel Valls ont rapidement et brutalement sanctionné les deux ministres qui avaient finalement dit tout haut ce que pensent une majorité d'électeurs de gauche: l'austérité mène le pays dans le mur...»

Mais la situation pourrait encore être pire? «Face à ce danger qui mettrait en péril sa majorité parlementaire, le pouvoir exécutif dispose encore d'une carte: celle de la menace de dissolution en cas de blocage des institutions», illustre «La Croix». Plusieurs responsables politiques de tous bords avaient envisagé lundi une dissolution en réponse à la crise gouvernementale, telle la présidente du Front national, Marine Le Pen.

Comment on est-on arrivé là?

Les deux têtes de l'exécutif français ont décidé de trancher dans le vif, lundi, le désaccord entre la ligne officielle - restaurer la compétitivité du pays en aidant les entreprises et en coupant dans les dépenses publiques - et la ligne alternative portée par les exclus, hostiles à «la réduction à marche forcée des déficits publics». Destiné à imposer leur autorité, ce geste survient alors que François Hollande, mais aussi Manuel Valls, sont impopulaires auprès de la majorité des Français, selon les sondages, sur fond de marasme économique persistant: une croissance à l'arrêt au premier semestre et un chômage au plus haut. Ni Manuel Valls ni François Hollande ne se sont encore exprimés sur la crise au sommet de l'État, aussi violente que soudaine.

Un nouveau gouvernement ce mardi

La nouvelle équipe de Manuel Valls sera annoncée mardi dans la journée. Trois portefeuilles importants au moins changeront de titulaire: Économie, Éducation nationale, Culture, détenus jusqu'ici par Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti.

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