Activiste du Net: «Ce n’est pas une carte blanche pour développer un comportement nuisible au climat»

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Activiste du Net«Ce n’est pas une carte blanche pour développer un comportement nuisible au climat»

Sur Instagram, Flavien Gousset s’est fait connaître avec des vidéos explicatives sur les votations. Dans cette interview, le jeune homme de 25 ans souligne le lien qui existe entre les inégalités et la crise climatique. Une problématique dont il a pris conscience grâce à la lecture des livres du Suisse Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU.

par
Sebastian Sele
Le conseil de Flavien Gousset pour une vie plus durable: «Rejoindre des mouvements et des partis.»

Le conseil de Flavien Gousset pour une vie plus durable: «Rejoindre des mouvements et des partis.»

Nathalie Taiana

Flavien Gousset a fait de la table de cuisine de sa colocation sa «marque de fabrique». Tous les deux mois, le jeune homme de 25 ans s’y installe pour «boire un verre» avec ses followers et tourner une vidéo explicative pour chaque objet de votation à venir – cela va de la loi sur la chasse au congé paternité, en passant par la loi sur le CO2. «La démocratie vit de la participation active des citoyens», explique-t-il dans un post. Il ne cache pas dans ses vidéos qu’il contribue à la démocratie par le biais d’une opinion bien tranchée.

Son style est apprécié. Aujourd’hui, près de 11’700 personnes suivent Flavien Gousset sur Instagram. Avec ses vidéos, il atteint jusqu’à 150’000 vues. Il coopère aussi régulièrement avec l’activiste LGBTQ+ Anna Rosenwasser.

Flavien Gousset, êtes-vous un influenceur politique?

Je préfère le terme d’activiste du Net. Pour moi, «influenceur» fait penser à une personne qui est payée pour promouvoir des produits ou des services auprès de ses followers, ce qui n’a que peu ou pas de rapport avec mes vidéos explicatives. Parfois, un post demande quatre jours de travail non rémunéré.

Vos vidéos reposent sur des prises de position claires. Comment en êtes-vous arrivé là?

Je mentirais si je vous disais que je le sais précisément. Mais avoir quitté Bienne pour la Côte d’Or zurichoise après l’école primaire a certainement été déterminant. Ma voisine à Bienne livrait des journaux tôt le matin, nettoyait une crèche tard le soir et élevait entre-temps cinq enfants dans un appartement de trois pièces. Puis, du jour au lendemain, je me suis retrouvé sur la Côte d’Or, où la moitié de mes camarades de classe avaient une maison de vacances en Engadine. Je trouvais cette inégalité follement injuste. Et lorsque je me suis mis à chercher des explications, j’ai été révolté de constater que les inégalités étaient encore plus marquées au niveau international.

Vous faites aussi un lien entre cette expérience et votre compréhension de la crise climatique.

Dans ma quête de réponses, j’ai beaucoup lu. À 15 ans, je dévorais les livres de Jean Ziegler, alors rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Dans un ouvrage, il décrit une scène que je n’arrive toujours pas à oublier: en raison d’une pénurie de nourriture due à la sécheresse, une mère remplit une marmite de pierres et remue le tout jusqu’à ce que ses enfants s’endorment. Grâce à Jean Ziegler, j’ai compris qu’il y a un lien entre les inégalités, la crise climatique et la mort.

Pour revenir à votre activité, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce lien?

Les régions du monde qui ont le moins contribué au changement climatique sont celles qui en souffrent le plus. Si l’on prend les chiffres tirés du Climate Vulnerability Monitor, on découvre que les pays industrialisés riches sont responsables d’environ 70% des tonnes de CO2 émises jusqu’à présent, mais qu’ils ne supportent que 12% des coûts inhérents. De l’autre côté, on trouve donc des pays qui ont historiquement très peu contribué au changement climatique, mais qui doivent supporter 82% des coûts totaux. Cela signifie également que les sécheresses, les inondations et les incendies de forêt font rage là où les gens ont le moins de ressources pour faire face à leurs conséquences.

Face à cette inégalité, vivez-vous dans le respect total du climat?

Non, car pour cela, je devrais me retirer dans la forêt et y cultiver mes propres légumes. Je ne pense toutefois pas qu’un problème de cette ampleur puisse être résolu uniquement en responsabilisant les individus. Il est bien plus décisif que des banques comme UBS, Credit Suisse ou la Banque nationale cessent d’investir d’énormes sommes d’argent dans des groupes qui favorisent les énergies fossiles. Cela dit, je ne considère pas pour autant cette situation de départ comme une carte blanche pour développer un comportement nuisible au climat. De fait, je ne mange pas de viande, je ne prends pas l’avion et je ne craque que pour du très bon fromage. D’ailleurs, cela fait du bien quand ce que l’on fait est en accord avec ce que l’on pense être juste.

Quel conseil climatique donneriez-vous aux Suisses?

Cela dépend à qui je m’adresse. Si je devais parler au CEO de Glencore, je lui demanderais d’arrêter d’exploiter la nature et les hommes, alors qu’à toutes les autres personnes, je leur proposerais de rejoindre des mouvements et partis qui ne lui laissent pas d’autre choix.

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