Actualisé

Genève«Ce procès est une cabale contre l'Usine!»

La manifestation d'octobre 2015 en faveur du lieu culturel avait laissé derrière elle son lot de tags. Cinq personnes sont jugées pour avoir participé à une émeute.

par
Lucie Fehlbaum
Malgré les tags, "tout s'est bien passé" lors du cortège sauvage, témoignait en 2015 dans la presse un porte-parole de la police.

Malgré les tags, "tout s'est bien passé" lors du cortège sauvage, témoignait en 2015 dans la presse un porte-parole de la police.

Olivier Vogelsang/tdg

Au matin du 25 octobre 2015, Genève se réveillait barbouillée de tags en soutien à l'Usine, lieu culturel autogéré en conflit avec l'Etat. Mille manifestants avaient participé à un défilé nocturne et sauvage. Mais, malgré la musique et les bonbonnes de peinture, personne n'avait été interpellé.

Lundi, cinq personnes ont pourtant fait face au Tribunal de police qui devra déterminer si, cette nuit là, elles ont pris part à une «émeute». Le Ministère public les a condamnées pour cette infraction par ordonnance pénale en décembre. Mais ces trois hommes et ces deux femmes, âgés de 30 à 53 ans, s'y opposent. Selon eux, ils étaient présents de manière pacifique, ou carrément absents de l'événement.

Location et téléjournal

Trois prévenus ont été appréhendés pour avoir loué une camionnette, utilisée lors de la manifestation. Deux autres, pour s'être exprimés en tant que «permanents de l'Usine» sur le plateau de Léman Bleu, deux jours après les faits. «J'ai du mal à comprendre comment le Ministère public a pu constater la présence de ma mandante au cortège, s'est étonnée Me Clara Schneuwly, avocate d'une prévenue passée à la télévision locale. Elle s'est exprimée au nom de l'Usine car c'était son travail. Elle n'a jamais dit qu'elle était présente. Cette émission n'est pas un élément à charge.»

Casseurs pas confondus

«C'est une cabale contre l'Usine», a tempêté Me Alexandra Lopez, avocate d'une prévenue. Les cinq ont tous été employés du lieu culturel, deux y travaillent encore. Un raisonnement partagé par le conseil d'un autre prévenu, Me Olivier Peter. «Si la police considérait qu'il s'agissait d'une émeute, pourquoi n'est-elle jamais intervenue pour interrompre la manifestation?» a questionné l'avocat. «Les forces de l'ordre ont des heures de vidéosurveillance à disposition pour confondre les coupables, a précisé Me Lopez. Des images prétendument mauvaises. Mais dans toutes les manifestations, les images sont similaires, et on retrouve les casseurs. Simplement, dans cette affaire, ça n'intéresse personne.» Le verdict sera rendu jeudi.

Rôle de la police critiqué

Selon Me Lopez, la police a "bafoué les règles fondamentales du droit" dans cette affaire. En omettant notamment de citer au dossier un homme entendu par les forces de l'ordre et qui aurait avoué sa participation à la manifestation de 2015. "Il n'est pas membre de l'Usine donc on ne le poursuit pas?" s'est demandé Me Peter. Me Lopez a également rappelé que le sergent-major en charge du dossier a été condamné en 2017 pour faux dans les titres commis par négligence. Il avait rédigé une fausse plainte à l'encontre d'un activiste d'extrême gauche. Les cinq prévenus dans l'affaire du cortège de l'Usine ont demandé sans succès sa récusation.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!