Soupçons de fraude électorale: Ce que l'on sait de l'affaire qui ébranle Genève
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Soupçons de fraude électoraleCe que l'on sait de l'affaire qui ébranle Genève

Une perquisition a eu lieu jeudi au Service des votations. Un employé a été prévenu de fraude électorale. Elle porterait sur des années.

par
Jérôme Faas
Keystone/Salvatore di Nolfi

Un séisme politique frappe Genève. Des soupçons de fraude pèsent sur «plusieurs opérations électorales», selon le Ministère public. Ce dernier a diligenté jeudi matin une perquisition au Service des votations. Les malversations pourraient s'être étendues sur plusieurs années. Un employé de longue date a été interpellé. Il a été mis en prévention.

L'homme est soupçonné d'avoir agi sur des bulletins déjà remplis, envoyés dans le cadre du vote par correspondance. Le Parquet indique qu'il en aurait «détruit ou ajouté». Le suspect a été dénoncé par deux collègues, qui s'en sont ouvert en février à la Cour des comptes. Celle-ci a alors averti la justice. Les lanceurs d'alerte ont réitéré leur propos à la police.

Votations du 19 mai concernées?

Au terme de la perquisition effectuée en présence des employés, les enquêteurs ont emmené plusieurs sacs et bacs de documents. Ils auraient saisi des bulletins de vote remplis pour le scrutin du 19 mai, certains détruits, d'autres sortis du circuit habituel. «Je crois que cette fois-ci, à ce que j'en sais, c'est extrêmement grave», renchérit le député d'Ensemble à Gauche Jean Batou.

La Chancellerie, dont dépend le Service des votations, a indiqué qu'«aucun élément, à notre connaissance, en l'état, ne remet en cause l'intégrité et le bon déroulement du scrutin». Très copieux, lesté de très lourds enjeux, il est donc maintenu. Le Conseil d'État ne s'est pas exprimé.

«Je savais cela possible»

«Je savais qu'une fraude massive était possible.» Éric Stauffer, ex-chef du MCG, explique: arrivées au service, les cartes d'électeur sont désolidarisées des bulletins. Ceux-ci, anonymes, sont stockés dans un local. «Rien n'empêche un employé d'y venir, d'en détruire, et de les remplacer par du matériel vierge, auquel il a accès, rempli par ses soins.» Les partis ne réclament pas le report du vote du 19 mai. «Il faut d'abord vérifier si le soupçon est fondé, dit Jean Romain, président du Parlement. Vu les enjeux, il faut aller au bout de ce scrutin.» Chef des Verts, Nicolas Walder s'inquiète que les employés aient saisi la Cour des comptes, et n'aient donc pas pu parler à leur hiérarchie. La Chancellerie fédérale indique que Genève lui a affirmé prendre les mesures nécessaires.

Un scrutin si serré

Les fraudes remontant peut-être à plusieurs années, le vote sur la loi sur la police, en 2015, est scruté: le texte avait passé par 54 voix. Les syndicats de police, qui l'avaient combattu, se disent «très attentifs» aux développements de l'enquête. Leur avocat, Me Roulet, indique avoir déposé en novembre deux demandes de révision du scrutin, en lien avec une autre procédure pénale, classée. Ces deux requêtes restent pendantes. Les voilà relancées.

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