Ukraine - «Ce qui compte, ce sont les civils dont on améliore la vie»
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La Suisse vole au secours de l’Ukraine«Ce qui compte, ce sont les civils dont on améliore la vie»

«20 minutes» a accompagné un convoi d’aide suisse dans l’est de l’Ukraine, où le conflit est encore omniprésent.

par
Ann Guenter
(arg/afp)

Les 30 camions, sur les 144 affrétés par la Suisse ce mois-ci, transportaient du matériel vital pour le traitement de l’eau.

20min/Ann Guenter

Dans l’est de l’Ukraine, la Suisse fait ce quaucun autre pays ne fait: elle fournit de laide humanitaire aux deux parties en conflit. Depuis le début du mois, ce sont ainsi 144 camions du Corps suisse daide humanitaire qui traversent la zone aux mains des forces prorusses.

Le convoi de 30 véhicules où nous prenons place est chargé de matériel pour le traitement de leau. La mission est exténuante et peut être risquée, tant pour les chauffeurs ukrainiens que pour les six accompagnants suisses. Elle part du port de Marioupol pour Donetsk.

Dans la «zone grise»

La guerre se manifeste après moins dune heure de route, au premier checkpoint. Deux mini-bunkers témoignent du fait quici, on tire déjà à balles réelles. Sur l’autoroute quasi déserte, les contrôles durent déjà depuis quatre heures, et seulement 20 des 30 chargements sont contrôlés. «Ça va assez vite», relativisent les Suisses du Corps humanitaire. Premier pépin: un chauffeur aux papiers périmés doit faire demi-tour.On entre ensuite dans la «zone grise», où lon croise des chars recouverts de filets de camouflage et des panneaux à têtes de mort avertissant de la présence de mines.

À 14 h, le convoi arrive au poste d’entrée de la république autoproclamée de Donetsk. Là encore, on parlemente et surtout on attend. Le chef déquipe Dieter Dreyer, qui parle parfaitement le russe, reste confiant: «Ça va sarranger.» Bientôt, des hommes viennent asperger les camions de «désinfectant contre le Covid». Ce sont des miliciens: leurs tenues camouflage sont hétéroclites, ils ont au pied des baskets et à l’épaule de vieilles kalachnikovs.

Quinze heures pour faire 115 km

Le soleil se couche lorsque le convoi reçoit enfin le feu vert pour continuer. Continuer? Non, car 20 mètres plus loin, cest la police locale qui reprend toute la procédure dinspection. Larrivée en ville ne se fait qu’à 22 h. Trop tard pour décharger, ce qui sera fait au petit matin. Les 115 km (soit la distance entre Genève et Neuchâtel) auront été parcourus en quinze heures.

«Il faut écouter et comprendre les deux parties dans le domaine humanitaire du conflit, résume Raoul, conseiller en sécurité de la mission suisse. Ce qui compte, ce sont les civils dont la vie est améliorée par ce matériel. Et 15 heures d’attente pour 4 millions de personnes, ce n’est pas tant que ça.»

Une poudrière prête à se rallumer

L’Ukraine est en conflit depuis 2014 avec des séparatistes prorusses, soutenus militairement par Moscou, selon Kiev et les Occidentaux. Les hostilités ont éclaté peu après l’annexion de la Crimée par la Russie. Elles ont fait plus de 13’000 morts à ce jour. Longtemps gelé, le conflit semble se réactiver ces dernières semaines, avec des tirs de part et d’autre de la ligne de front. La mission d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont la Suisse fait partie, a signalé une récente flambée d’incidents.

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