Genève – «Ce qui se passe en Ukraine peut arriver chez nous»
Publié

Genève«Ce qui se passe en Ukraine peut arriver chez nous»

Des milliers de manifestants ont réclamé ce samedi sur la place des Nations le durcissement des sanctions contre la Russie et un soutien plus marqué de la communauté internationale à l’Ukraine.

par
Jérôme Faas

Une intense émotion étreignait la place des Nations, ce samedi, où s’était massée dès 11h30 une foule de plusieurs milliers de personnes arborant pour la plupart les couleurs jaune et bleu de l’Ukraine. Alors que le pays fait face à une invasion russe débutée jeudi, les manifestants, dont plusieurs ont des proches sur place, sont venus réclamer l’aide internationale et un durcissement des sanctions visant l’agresseur.

Retrouvez ici notre suivi en live des événements.

«Nous voulons attirer l’attention de la communauté mondiale, expliquent Olga et Angelina, originaires de Kiev et domiciliées à Corsier (GE). Toutes nos familles sont là-bas, nous attendons des mesures plus fortes de la Suisse et de l’Union européenne.  Nous demandons que la Russie soit coupée du réseau interbancaire Swift, que les achats de gaz cessent. Il faut envoyer des armes, aussi. Le plus important, c’est que l’OTAN ferme le ciel au-dessus de l’Ukraine, sinon, ils vont nous massacrer. Notre armée n’est pas très forte, mais on est dans notre pays, on se battra jusqu’à la fin», expliquent ces femmes dont l’allure n’a pourtant rien de martial.

1 / 10
Olga (au centre), Angelina (à gauche) et leurs familles sur la place des Nations. «Il faut que l’OTAN ferme le ciel, sinon ils vont nous massacrer.»

Olga (au centre), Angelina (à gauche) et leurs familles sur la place des Nations. «Il faut que l’OTAN ferme le ciel, sinon ils vont nous massacrer.»

20 Minutes / jef
Ludmila Meuwly, présidente de l’association Free Ukraine. «Il faut faire entrer l’Ukraine dans l’Europe.»

Ludmila Meuwly, présidente de l’association Free Ukraine. «Il faut faire entrer l’Ukraine dans l’Europe.»

20 Minutes / jef
Les manifestants étaient plusieurs milliers sur la place des nations ce samedi.

Les manifestants étaient plusieurs milliers sur la place des nations ce samedi.

20 Minutes / jef

Ukraine, Europe, même combat

En quelques phrases, les deux femmes ont énoncé le gros des revendications de la foule, très similaires car finalement très simples, écrites sur une multitude de pancartes. «Stop war in Ukraine», «Sanctions for Russia», «Stop business with Russia», «Poutine assassin», «Nato: help» mais aussi «Ukraine fights for Europe». Dans cette foule familiale, où se mêlent l’ukrainien, l’anglais et le français, des gens de tous âges et de toutes origines, l’argument de l’enjeu de ce conflit pour l’Europe tient une bonne place. «Il faut une prise de conscience du gouvernement, qu’il ne reste pas indifférent, plaide Ludmila Meuwly, présidente de l’association Free Ukraine, créée en 2014 à Nyon (VD). Ce qui se passe aux portes de l’Europe peut arriver chez nous. Il faut faire entrer l’Ukraine dans l’Europe.»

«La situation devient très dangereuse»

«Ma copine est ukrainienne, sa famille est sur place, son père de 59 ans est mobilisé, sa sœur dort dans le métro, explique Nicolas, venu de Fribourg. Cela nous touche aussi. Si un pays totalitaire prend un pays démocratique, où cela va-t-il s’arrêter?» Les politiciens genevois présents insistent, eux aussi, sur l’homologie de destin entre l’Ukraine et l’Occident. «Nous sommes ici pour exprimer notre admiration, notre respect et notre reconnaissance pour ceux qui combattent à 2000 kilomètres d’ici pour leur terre, leur indépendance, mais aussi notre démocratie, nos libertés, le respect du droit international, la justice et la paix», clame ainsi le député socialiste Sylvain Thévoz, qui exprime sa «honte devant la tiédeur du gouvernement suisse et son silence complice». Présidente des Vert’libéraux, Marie-Claude Sawerschel souligne ainsi «l’inquiétude que cette invasion absurde crée dans toute l’Europe. Lorsqu’une dictature devient irrationnelle, la situation devient très dangereuse, car imprévisible.»

«Pas la responsabilité du peuple russe»

George et Dimitri, 20 ans, Ukrainiens étudiant à l’EPFL, réclament donc une aide armée. «Les pays disent qu’ils nous envoient du soutien, mais ce ne sont que des mots. Nos familles sont sous terre à Kiev. On souhaite un soutien militaire. Pour l’instant, les sanctions économiques touchent davantage le peuple russe que Poutine.» Les deux jeunes gens tiennent à distinguer le dirigeant de la population. «Nous connaissons beaucoup de Russes, aucun ne soutient la guerre. Ce n’est pas la responsabilité du peuple russe.» Olga et Angelina tiennent aussi à faire remarquer l’absence d’animosité entre les deux peuples. «Nos maris sont russes!» Nicolas pense ainsi que «les seuls qui peuvent vraiment aider les Ukrainiens, ce sont les Russes. C’est à eux qu’il faut s’adresser. Le Kremlin craint cela.»

«C’est une crise humanitaire»

En attendant et faute de mieux, lui aussi plaide pour le durcissement des sanctions, quoi qu’il en coûte. «On aura peut-être moins de gaz, mais c’est quoi à côté des gens qui meurent? Ca pète dans tous les sens là-bas, on ne peut pas rester indifférent.» Ludmila Meuwly insiste ainsi sur l’importance des aides. «C’est une question de survie. C’est une crise humanitaire. Il faut s’attendre à l’arrivée de millions d’Ukrainiens en Europe. Il faut être prêt à les accueillir, proposer de l’aide matérielle, des habits, des jouets. Les gens ont tout laissé derrière eux.»        

Des milliers de personnes à Berne

Ton opinion

408 commentaires