Vaud: Un resto chinois stockait des milliers de masques
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VaudUn resto chinois stockait des milliers de masques

Un établissement de Villeneuve a été contrôlé mercredi. Ses administrateurs ont importé d'immenses quantités de matériel médical. La police procède à des réquisitions.

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frb/jef
La police est intervenue mercredi dans les locaux de ce restaurant chinois de Villeneuve (VD).

La police est intervenue mercredi dans les locaux de ce restaurant chinois de Villeneuve (VD).

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Les cartons ne passaient pas inaperçus à travers les baies vitrées d'un restaurant chinois de Villeneuve (VD). Mercredi après-midi, la police cantonale vaudoise a décidé d'aller y jeter un oeil de plus près. Selon un riverain, le bistrot spécialisé dans les produits de la mer et du lac abritait une importante réserve de masques de protection. Vu le nombre de cartons, le stock doit se monter à des centaines de milliers d'unités, au moins.

Eviter les vols et l'usure

Les forces de l'ordre confirment une intervention dans l'établissement. «Nous avons repéré que des personnes déchargeaient de très importantes quantités de cartons à cet endroit, indique Jean-Christophe Sauterel, porte-parole. Vu le contexte actuel, nous contrôlons systématiquement ces cargaisons, afin de retracer l'origine et la destination de ce matériel importé.» L'objectif est d'éviter les détournements et les vols de masques, dont le système médical a fortement besoin actuellement; ou encore que la revente se fasse à des prix surfaits. Dans le cas de Villeneuve, les clarifications sont en cours.

Réquisitions autorisées

Au besoin, ces masques pourront d'ailleurs être saisis par les services du Médecin cantonal. «Bien entendu, l'importateur serait indemnisé le cas échéant», reprend Jean-Christophe Sauterel. Le restaurant en question est administré par des ressortissants chinois, qui gèrent d'autres sociétés en parallèle. Des opérations de ce type sont menées régulièrement. Mais, de l'aveu de la police cantonale, ce stock-ci est véritablement conséquent.

Cette opération s'inscrit dans le cadre de l'arrêté adopté le 1er avril par le Conseil d'Etat vaudois. Son article 8 prévoit la réquisition de «tout type de matériel ou produit médical (...) nécessaire à la prise en charge des patients atteints du coronavirus».

Masques achetés 2 fr., revendus 2,50 fr.

Dans ce contexte, les forces de l'ordre ont par exemple voulu contrôler, lundi 30 et mardi 31 mars, les locaux situés à Orbe d'un entrepreneur vaudois actif dans l'import-export de type sécuritaire avec la Chine. Vu la crise sanitaire et la réduction de son activité ordinaire, il explique l'avoir réorientée, demandant à ses acheteurs chinois de lui trouver des masques. «On arrive à en importer 50'000 à 60'000 par semaine. On les achète 2 francs pièce pour les revendre 2,50 francs à diverses pharmacies du Valais, de l'arc lémanique et de Genève.» L'homme a fourni toutes les pièces à la police et craignait de se faire réquisitionner son stock. «Va-t-on pouvoir continuer? Aujourd'hui, c'est notre seule activité.» Depuis, il a tout écoulé.

La pharmacienne cantonale distribue

Lundi 6 avril, rebelote. La police a voulu lui réquisitionner 4000 masques. «Si des gens ont des quantités importantes de masques, des milliers ou plusieurs milliers, qui correspondent à nos besoins, on essaie de les convaincre de vendre cette marchandise aux services sanitaires, explique Jean-Christophe Sauterel. Puis, la répartition est opérée par la pharmacienne cantonale: aux EMS, aux soignants, etc., afin qu'ils ne soient pas vendus dans les pharmacies pour du public qui n'en aurait pas besoin.»

«On ne peut pas travailler gratuitement»

Dans le cas présent, face au refus de l'entrepreneur, la police a finalement renoncé. «Il préfère faire du profit plutôt que de se mettre à disposition des services sanitaires. Or c'est clair: si on achète, il n'y a pas de perte, mais pas de profit, c'est une question d'intérêt public. C'est la même chose avec certains médicaments qu'on a le droit de vendre en pharmacie. On a affaire à quelqu'un qui n'a pas de sens civique», déplore le porte-parole. L'entrepreneur voit les choses autrement. «On importe avec plaisir des masques pour pas grand-chose. On a le sentiment d'aider. On a la possibilité de le faire, on le fait, dans le respect de tout le monde. Mais on ne peut pas travailler gratuitement.»

Jean-Christophe Sauterel, lui, tient à souligner que «plusieurs sociétés ont offert spontanément leur matériel, par exemple celles qui avaient des stocks prévus pour d'autres utilisations, comme la peinture en bâtiment».

Les sur-blouses font défaut

Nous avons saisis quelques dizaines de milliers de masques. C'est peu par rapport aux millions dont nous avons besoin, expliquait Jean-Christophe Sauterel en début de semaine passée. La situation a évolué positivement. Le canton de Vaud en a suffisamment pour les deux prochaines semaines, indiquait-il ce jeudi. Les soignants peuvent en changer toutes les quatre heures, même si ce n'est pas encore l'utilisation optimale, qui est d'un masque par intervention médicale. La situation est en revanche un peu plus tendue en ce qui concerne les gants et les lunettes de protection. Le problème le plus délicat restant, à ce jour, les sur-blouses.

A Genève, pas de saisies

Le canton de Genève explique n'avoir jamais eu besoin de recourir à la réquisition de matériel médical. Un inventaire a été fait auprès des entreprises, notamment celles actives dans la construction. Quand les quantités n'étaient pas anecdotiques, elles ont toujours spontanément donné leurs stocks. La question d'une saisie ne s'est donc simplement pas posée, indique Laurent Paoliello, porte-parole du Département de l'emploi, de la santé et de la sécurité. L'Etat contrôle par ailleurs les prix de vente. En cas d'abus ou de tromperie, c'est le Ministère public qui est saisi. Le Canton précise en outre avoir les mêmes besoins et disponibilités en matériel que ceux énoncés par le canton de Vaud (lire encadré ci-dessus).

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