Affaire Stern: «Cécile B. était sa secrétaire sexuelle»
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Affaire Stern«Cécile B. était sa secrétaire sexuelle»

Le procès de Cécile B. accusée du meurtre du banquier Edouard Stern a débuté ce matin à la Cour d'assises de Genève. Après les déclarations de la famille, place à la police et à l'«époux» de Cécile B.

par
notre envoyé spécial Didier Bender

Appelé comme témoin à la barre, un naturopathe français établié à Clarens, «époux» de Cécile B. (ils se sont «mariés» à Las Vegas en 1998) a livré son témoignage et répondu aux questions posées par l'avocat de la partie civile Me Marc Bonnant, et ses défenseurs, parmi lesquels Me Pascal Maurer.

«Je n'ai jamais cru que Cécile B. était coupable jusqu'au moment où elle l'a avoué», a précisé ce naturopathe. «Je me souviens de nos deux derniers voyages, avec Cécile», a raconté le sexagénaire, la gorge nouée. «Il (réd: Edouard Stern) avait juré qu'il allait venir avec son avion privé pour nous casser la figure, si ce n'est plus», sanglote-t-il, avant de s'excuser. Cécile B. essuie une larme. Eperdument amoureux de Cécile, plusieurs fois traité de «cocu» par l'ex-banquier Edouard Stern, le naturopathe confie: «J'ai un amour pour Cécile qui était très grand. Je l'ai soignée. J'ai essayé de la protégée de cet homme… (en pleurs). Et je n'ai pas réussi.» A deux reprises lors de son audition, il a rappelé le rôle joué par Cécile auprès de son amant fortuné. «Son rôle, c'était de trouver de la chair fraîche pour Edouard. Elle était sa secrétaire sexuelle».

Selon Alain Jourdan, journaliste à la Tribune de Genève et co-auteur, avec Valérie Duby, d'un livre sur cette affaire («Mort d'un banquier. Les dessous de l'affaire Stern», éd. Privé, 2006) ce témoignage, livré lundi après-midi devant la Cour d'assises de Genève, représente l'un des moments forts de cette première journée du procès.

La foule et les médias très présents

Une effervescence inhabituelle régnait mercredi matin au Palais de justice de Genève. L'ouverture du procès de la meurtrière présumée du banquier français Edouard Stern a attiré la foule et les médias.

La salle de la Cour d'assises était comble pour cette première journée d'audience. Des personnes se sont même vu refuser l'entrée faute de place à l'intérieur. Cécile B., 40 ans, accusée d'avoir abattu de quatre balles son amant Edouard Stern, s'est discrètement assise sur le banc qui lui était réservé.

La police

Les inspecteurs de police en charge de l'enquête ont également été appelés à la barre. Ils ont rapporté comment Cécile B. a rapidement été dans leur collimateur. Entendue à plusieurs reprises par la police, l'accusée a donné quatre versions différentes, niant au départ toute implication dans le meurtre de son ancien amant.

Selon elle, une phrase qu'aurait prononcé Edouard Stern lors de leurs ébats sexuels aurait tout déclenché. Le banquier lui aurait dit: «Un million c'est cher payé pour une pute». Cécile B. dit alors avoir pété les plombs. Elle cherche un revolver dans une commode et tire à quatre reprises sur son amant.

L'inspecteur de la brigade criminelle précise: «Elle a fait preuve de beaucoup de sang froid. Elle s'est changée, a récupéré les douilles, les boissons et a quitté l'appartement en fermant à double tour avant de rejoindre Clarens.»

Selon le médecin légiste de la police scientifique, ni l'un, ni l'autre n'avait consommé de la drogue ou d'autres stupéfiants.

Cécile B. avait été arrêtée deux semaines après le meurtre et était finalement passée aux aveux au terme d'une journée entière d'audition. Incarcérée depuis 2005, elle a tenté de mettre fin à ses jours en se coupant les veines avec une lame de rasoir.

Cécile B.

Plus tôt ce matin l'accusée a exprimé ses remords. Après quatre ans de détention préventive à Champ-Dollon, l'ex-maîtresse du banquier est apparue amaigrie, les traits du visage tirés. «Je voudrais demander pardon», dit Cécile B., d'une voix à peine audible. «Edouard était un être raffiné, extraordinaire».

«J'ai un souvenir stromboscopique» de la scène, a déclaré l'accusée devant le jury. Edouard Stern ressemble à ce moment précis à une «poupée en plastique». Le banquier est atteint une première fois à la tête, puis deux fois au thorax. Sa maîtresse l'achève avec une balle dans la tempe.

Vêtue de bleu foncé, les cheveux noués en chignon, elle a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une question d'argent, mais d'amour. «Je ne veux pas que ce procès salisse sa mémoire; Edouard Stern n'était pas un homme abominable, mais le plus merveilleux des hommes». Ce à quoi Me Bonnant a rétorqué: «Si c'est un homme merveilleux, il ne fallait pas l'abattre.»

La famille

«Les enfants parlent de leur père tous les jours avec moi. Il leur manque, il me manque». Divorcée d'Edouard Stern depuis 1999, l'ex-épouse du banquier témoigne à la barre. Avant elle, ses enfants, Louis et Mathilde ont répondu aux questions de la présidente de la Cour d'assises de Genève, lors d'un huis-clos demandé par Me Marc Bonnant, l'avocat de la famille Stern.

A la question: «L'avez-vous connu manipulateur?», Mme Stern répond: «Non. Ce qu'il avait à dire, il le disait». La voix étreinte par l'émotion, elle raconte la dernière fois qu'elle a vu le père de ses enfants. C'était le 17 février 2005, à New-York, à un retour de vacances à la neige. «J'ai trouvé qu'il n'avait pas l'air bien. Il m'a dit qu'il était malheureux. La femme qu'il aimait l'avait quitté.»

Devant son témoignage, Edouard Stern apparaît comme «quelqu'un de pudique». «Il était sec, désagréable par moments. Il avait un caractère "soupe au lait". Il explosait et ça retombait gentiment», explique dignement l'ex-épouse à Me Bonnant. «Cette douleur est toujours là. Elle est moins aigüe. Mais elle est toujours là», a tenu à dire Mme Stern. Me Bonnant souligne l'amour que porte encore Mme Stern à son ex-époux, près de dix ans après leur divorce. Et l'avocat genevois de résumer: «Ses défauts, c'était d'être exigeant et d'avoir du tempérament». Me Bonnant relève également qu'à aucun moment, l'accusée Cécile B. n'a présenté d'excuses et qu'elle n'a pas réagi au témoignage de la fille d'Edouard Stern.

Réaction des avocats de la défense qui expliquent avoir demandé à leur cliente de ne pas intervenir à ce moment de l'audience. Après le témoignage de Mme Stern, Cécile B. se lève. «Mon coeur est plein de remords et de douleur. Je suis venue là pour expliquer la vérité...Il y a trois orphelins. Je sais que c'est de ma faute...».

Alain Jourdan, journaliste à la Tribune de Genève et co-auteur, avec Valérie Duby, d'un livre sur cette affaire (itw: 20 minutes online):$$VIDEO$$

dbe/mac avec les agences

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