26.08.2020 à 10:42

Mondial du tango à Buenos Aires«Être champion virtuel, ce n’est pas crédible!»

Dans une ville toujours confinée, le Mondial du tango ne ressemblera pas aux précédentes éditions. Alors que les danses seront jugées via vidéos, les organisateurs se veulent enthousiastes. Ça grogne du côté des participants.

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La compétition est exceptionnellement organisée en ligne…

La compétition est exceptionnellement organisée en ligne…

AFP
…dans un pays où le Covid-19 fait toujours rage. 

…dans un pays où le Covid-19 fait toujours rage.

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Dès le 26 août, des danseurs du monde entier prendront part au Mondial du tango, à Buenos Aires.

Dès le 26 août, des danseurs du monde entier prendront part au Mondial du tango, à Buenos Aires.

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Des danseurs du monde entier vont se mesurer à partir de mercredi à l’occasion du Mondial du tango, organisé exceptionnellement en ligne cette année en raison de la pandémie de coronavirus qui ne faiblit pas en Argentine.

À cause des restrictions sanitaires, cette compétition qui a lieu chaque année au mois d’août va se limiter cette fois à des activités virtuelles et à un concours inédit où les jurés se baseront sur des vidéos envoyées par les participants.

L’événément a lieu alors que les «milongas», ces lieux traditionnels de danse du tango, sont moribondes après plus de cinq mois de fermeture. À Buenos Aires, les activités artistiques et les réunions sociales sont toujours interdites en raison de l’épidémie de Covid-19. Décrété le 20 mars, le confinement n’a été depuis que très partiellement assoupli.

«Avec la même vigueur»

«Nous faisons le pari d’un Festival de tango qui s’adapte à la situation que nous traversons en raison de la pandémie. Différent, en ligne, mais avec la même vigueur que les années antérieures», a voulu rassurer le responsable de la Culture de la capitale, Enrique Avogadro.

Au cours de l’édition 2019, 500 couples avaient participé à la compétition et plus de 500’000 personnes avaient assisté à des spectacles, cours, récitals et dansé dans les «milongas» lors de ce qui est considéré par la mairie comme la «rencontre de tango la plus importante du monde».

Participants individuels autorisés

Le Mondial 2020, qui rend hommage au rôle de la femme dans le tango, aura lieu dans une ville toujours semi-paralysée par les restrictions, frappée de plein fouet par la crise économique et endeuillée par la pandémie qui a fait plus de 7000 morts (pour 340’000 cas déclarés) dans ce pays de 44 millions d’habitants, mais dont la majorité y sont bien décédés .

Pour faciliter la participation malgré les restrictions, les organisateurs ont autorisé les compétiteurs individuels, une licence pourtant tout à fait contraire à l’essence même du tango, danse de l’étreinte par excellence.

Les danseurs participeront ainsi, masqués selon les recommandations, dans les catégories habituelles «piste» ou «scène», qui proposent une version plus acrobatique.

«Le tango se danse à deux. Il ne peut pas y avoir «un» champion.»

Virgina Vasconi, danseuse et chorégraphe

La participation se fera par le biais de vidéos, qu’un jury présélectionnera afin de les présenter lors des épreuves finales sur les réseaux sociaux, où le public pourra aussi voter. Mais le choix d’une compétition virtuelle n’est pas du goût de tout le monde.

«C’est sujet à la controverse. Ce n’est pas pareil d’enregistrer une vidéo que tu peux monter et de danser sur une scène face à un jury», estime Virgina Vasconi, danseuse, chorégraphe et régulièrement membre du jury.

Elle ne soutient pas non plus l’idée d’une participation individuelle. «Le tango se danse à deux, il ne peut pas y avoir «un» champion. Ensuite, il se rend à une milonga et on se rend compte qu’il ne sait pas danser avec quelqu’un», s’agace-t-elle.

L’industrie du tango à la dérive

À Buenos Aires, alors que les salles de répétition sont toujours fermées, que les chorégraphes et les élèves ne peuvent pas se retrouver, les danseurs locaux se sentent désavantagés par rapport aux participants d’autres pays soumis à moins de restrictions. «Être champion virtuel, ce n’est pas crédible!», estime Virginia Vasconi.

Le Mondial de tango et le Festival qui l’accompagne sont normalement une opportunité unique de travail pour la communauté des danseurs de tango, classé Patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2009.

Or, la version en ligne laisse sur le bord de la route des centaines d’artistes argentins qui aujourd’hui demandent de l’aide.

«Nous traversons un moment critique où l’industrie culturelle du tango est en train de couler, il n’y a pas de travail», se désole Julio Bazan, président de l’Association des organisateurs de «milongas».

L’association, qui compte une trentaine d’autres opérateurs, rejette d’ailleurs l’organisation de ce festival virtuel dont il critique l’improvisation.

«C’est ridicule. Ils devraient redistribuer le budget (du festival) aux travailleurs qui font en sorte que le tango continue de vivre dans les 191 milongas de Buenos Aires où viennent un million de personnes chaque année, ce qui favorise le tourisme», insiste-t-il.

(AFPE)

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