Vaud: Cendres de bébés troquées à l'incinération
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VaudCendres de bébés troquées à l'incinération

Un couple lausannois qui a perdu son enfant est anéanti: les pompes funèbres lui ont sciemment remis les restes d'un autre mort.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye

Cela faisait quinze ans qu'ils essayaient. Le 4 octobre 2014, le rêve de Pierre-Alain et Annie, couple résidant à Lausanne, se réalise enfin: ils ont un bébé. Leur joie sera de courte durée. «Après deux jours de vie aux HUG, mon ange s'en est allé», relève avec tristesse la maman. C'est dans ce contexte de deuil que, valeurs éthiques et prix modique en bandoulière, les pompes funèbres entrent en scène. Pour un forfait de 1500 francs, la structure propose de prendre en charge le corps du bébé prématuré.

Le 23 octobre, Pierre-Alain et Annie reçoivent une urne censée contenir les cendres de Salomon. «Symboliquement, nous avons voulu que l'inhumation se fasse le 6 janvier, jour prévu de la naissance», rappelle le père. Une fois au cimetière de Montoie, à Lausanne, la cérémonie d'adieu ne peut avoir lieu, car les parents n'ont pas reçu de certificat d'incinération. «C'est là que nous avons aussi appris que résidant à Lausanne, la crémation et l'inhumation de notre enfant étaient gratuites», enrage Pierre-Alain, chauffeur de bus aux TL. L'escalade dans l'horreur n'est pas terminée. Six jours après ces obsèques avortées, les parents découvrent que l'incinération du bébé n'a eu lieu que le 7 janvier à… Bienne. «C'est seulement le 19 janvier que cet affreux monsieur nous a envoyé par la poste les restes de notre enfant», s'indigne Pierre-Alain.

Le professionnel du deuil mis en cause a refusé de s'exprimer.

Beaucoup de questions et peu de réponses

Cette affaire peu ordinaire est instruite par le procureur général vaudois, Eric Cottier. En l'espèce, le mis en cause pourrait notamment être poursuivi pour atteinte à la paix des morts. «Mes clients ont vécu pendant quatre mois avec des cendres qui ne sont pas celles de leur bébé. A leur drame et à leur deuil, un véritable cauchemar est venu s'ajouter», commente Me Antonella Cereghetti. L'avocat du professionnel du deuil, lui, n'a pas souhaité s'exprimer. Où et comment le corps du bébé a-t-il été entreposé d'octobre à janvier? A qui appartiennent les mauvaises cendres livrées? Autant de questions en suspens.

Les dérives de l'association L'autre rive

Le médecin cantonal Karim Boubaker confirme que L'autre rive, structure de pompes funèbres low-cost, n'a pas l'autorisation de pratiquer en terres vaudoises. Indésirable à La Chaux-de-Fonds (NE), L'autre rive est aussi dans le collimateur des autorités genevoises, qui veulent modifier la loi sur les cimetières pour éviter les intrusions d'amateurs dans cette branche délicate. «On en entend des choses sur L'autre rive. C'est affligeant d'utiliser le simulacre et la tromperie contre des familles dans la douleur», s'indigne d'ailleurs un professionnel de la branche.

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