Actualisé 19.02.2020 à 18:16

FranceC'en est fini pour la Centrale de Fessenheim

La centrale nucléaire française, proche de la frontière suisse, qui avait été mise en service en 1977, sera débranchée samedi.

Centrale de Fessenheim fermée en 2020.

Le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace, sera mis à l'arrêt samedi. La construction de la doyenne des centrales nucléaires françaises avait démarré en 1970, le long du Rhin, face à l'Allemagne et non loin de la frontière suisse.

Ses deux réacteurs à eau pressurisée, d'une puissance de 900 mégawatts (MW) chacun, sont mis en service en 1977. L'Allemagne y détient une participation de 17,5% et la Suisse de 15%, ce qui leur donne droit à une part équivalente de la production.

Incidents et contestations

Dans les années 1990 et 2000, les incidents mineurs se succèdent: vanne mal refermée, défaut du système électrique, microfissures sur le couvercle d'un réacteur, erreur de manipulation d'un chimiste, pollution des eaux, fuite de fuel, contaminations légères d'employés ou d'intervenants...

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dénonce en 2007 un «manque de rigueur» de la part d'EDF dans l'exploitation de cette centrale. Des associations françaises, allemandes et suisses ainsi que des députés européens écologistes demandent sa fermeture.

A la fin 2007, une étude commandée par les départements de la santé de Bâle-Ville et du Jura estime que le risque sismique avait été sous-estimé à la construction.

Après Fukushima, la tension monte

La contestation s'intensifie en mars 2011 après la catastrophe de Fukushima au Japon. Les cantons de Bâle-Ville, Bâle-Campagne et du Jura, le Land allemand du Bade-Wurtemberg, la région Franche-Comté et la ville de Strasbourg demandent l'arrêt des réacteurs.

Dix mille manifestants antinucléaires se retrouvent devant Fessenheim le 20 mars, une chaîne humaine de 5 km est formée autour du site en juin. Mais l'intersyndicale se mobilise contre la fermeture du site pour préserver les 2000 emplois directs et indirects.

En juillet, l'ASN estime que l'exploitation de la centrale peut être prolongée de dix ans sous réserve de travaux.

Promesse de Hollande

Le 19 novembre 2011, un accord entre PS et Europe Ecologie-Les Verts en prévision de la présidentielle de 2012 prévoit la «fermeture progressive de 24 réacteurs» et «l'arrêt immédiat de Fessenheim».

Après son élection, François Hollande annonce la fermeture de Fessenheim pour fin 2016. Puis, il repousse de facto l'échéance à 2018, liant la fin de la centrale à la mise en service de l'EPR de Flamanville, un réacteur dit de troisième génération.

Le décret de fermeture

Le 9 avril 2017, le décret autorisant la fermeture de la centrale est publié au Journal officiel. L'autorisation d'exploitation ne sera abrogée qu'«à compter de la date de mise en service de l'EPR de Flamanville», précise le décret. Des recours sont engagés par des syndicats et collectivités.

EDF prévient fin mai 2018 que la fermeture pourrait être repoussée à l'été 2019 face à la perspective d'un nouveau retard pour Flamanville. Le 4 octobre, le ministre de la Transition écologique François de Rugy indique que le calendrier de Fessenheim pourrait être indépendant de celui de l'EPR et que la centrale alsacienne «fermera pendant (le) mandat (d'Emmanuel Macron), d'ici 2022».

Fermeture à «l'été 2020»

Le 22 octobre, l'ASN précise que les deux réacteurs de Fessenheim devront cesser de fonctionner au plus tard en 2020 et 2022 respectivement, car les études et travaux nécessaires n'ont pas été engagés pour qu'ils puissent fonctionner au-delà.

Emmanuel Macron annonce le 27 novembre que «l'arrêt définitif» des deux réacteurs de Fessenheim se fera «à l'été 2020».

Le 1er février 2019, François de Rugy signe un «projet de territoire», déclaration d'intention pour accompagner la reconversion de la zone autour de la centrale. Une société d'économie mixte franco-allemande pilotera plusieurs projets de reconversion du territoire.

400 millions d'euros

Le gouvernement annonce en septembre que l'arrêt du réacteur n°1 de Fessenheim est programmé pour le 22 février et celui du réacteur n°2 pour le 30 juin. EDF recevra une indemnité d'au moins 400 millions d'euros de l'Etat pour l'arrêt anticipé, ce que contestent auprès de Bruxelles des associations anti-nucléaire.

A Bâle, c'est le soulagement: le directeur de la santé de Bâle-Ville Lukas Engelberger (PDC) rappelle que le gouvernement cantonal a toujours clairement demandé la fermeture de la centrale de Fessenheim. Il se dit très satisfait de la mise à l'arrêt du premier réacteur samedi.

Selon Isaac Reber (Verts), directeur du département cantonal de l'environnement de Bâle-Campagne, la sécurité de la population dans la région sera sensiblement meilleure.

«La fermeture du premier réacteur de Fessenheim va dans le sens souhaité par le gouvernement et le parlement jurassiens», a indiqué le ministre jurassien de l'environnement à l'agence d'information Keystone-ATS. David Eray a salué cette promesse faite de longue date par les gouvernements français. (nxp/ats)

Deuxième au monde

Le parc nucléaire français reste le deuxième plus important au monde derrière celui des Etats-Unis (98 réacteurs). Et cela malgré la fermeture programmée des deux réacteurs de la centrale alsacienne de Fessenheim samedi et le 30 juin.

Après l'arrêt de la doyenne des centrales françaises située aux portes de la Suisse, la France comptera au total 56 réacteurs nucléaires d'une puissance de production cumulée d'environ 61'000 mégawatts (MW).

Les centrales nucléaires françaises en activité, réparties sur 18 sites après l'arrêt de Fessenheim, fournissent 70% du total de l'électricité produite dans l'Hexagone. C'est de loin la plus forte proportion au monde devant la Slovaquie (55%), l'Ukraine (53%) et la Hongrie (51%).

Les 98 réacteurs américains ne fournissent quant à eux que 19% du total de l'électricité aux Etats-Unis, le deuxième plus gros consommateur d'électricité au monde après la Chine.

(NewsXpress)

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