Actualisé 25.03.2020 à 21:17

FribourgCentre de commandement monté en un temps record

Pour faire face à la vague d'hospitalisations attendue pour avril, les hôpitaux fribourgeois ont unis leurs forces et surtout leurs ressources.

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«En temps normal, il nous aurait fallu trois ans pour mettre tout ça sur pied. Là, ç'a été fait en à peine une dizaine de jours», se réjouit Marc Devaud, directeur général de l'Hôpital fribourgeois (HFR). Et le Dr Ronald Vonlanthen de renchérir: «Il y a quelques semaines, j'aurais été incapable de vous dire si on avait du désinfectant et en quelle quantité. Aujourd'hui, je sais au litre près combien nous en avons et où il se trouve, partout dans le canton.»

Depuis dix jours, dans le bâtiment déserté par les étudiants en médecine, l'HFR dispose d'un nouveau centre de commandement qui centralise toutes les informations en lien avec avec le coronavirus. C'est aussi là que se prennent toutes les décisions, telles que fermer les urgences de Riaz, la nuit, afin de renforcer les autres équipes. Son but? Faire face à la vague d'hospitalisations qui arrive, dont le pic est attendu en avril.

Le nombre de patients admis en soins intensifs (SI) sera d'ailleurs déterminant pour la mise en place des différents scénarios. En temps normal, le stade 1, l'hôpital cantonal dispose de dix lits de SI. Mais à l'heure actuelle, déjà onze malades y sont admis. Dès lors, certains patients atteints d'autres pathologies sont en train d'être déplacés vers différents sites périphériques.

Salles d'opération transformées en chambres

Lorsque le nombre de patients en SI aura dépassé les 30, les blocs opératoires du «canto» (le surnom de l'hôpital cantonal) seront reconvertis en chambres. Quant aux opérations ne pouvant être repoussées, elles seront effectuées par la clinique privée Daler. «Celui qui vient pour une fracture sera toujours pris en charge. Mais on devra le renvoyer plus vite à la maison, avec les risques que cela implique», ajoute le Dr Lennart Magnusson.

Le niveau 4 du plan établi par le centre de commandement se déclenchera à partir du 48e patient. A ce stade, ce sont plusieurs étages de l'hôpital cantonal qui seront reconvertis en SI. Pour finir, si on dépasse les 78 personnes admises en SI, «on entrera dans une forme de médecine de guerre, poursuit le Dr Magnusson. Il faudra trouver des solutions, comme installer des patients dans des salles de gymnastique. Il y aura aussi des prises en charge de moindre qualité et, en dernier lieu, on en arrivera à devoir décider de qui doit vivre ou mourir.»

Mais rien ne prouve que ce stade 5 sera atteint, et le Dr Magnusson a bon espoir que les mesures préconisées jusqu'ici permettront «d'écraser la vague». Cependant, dans le doute, avec ses collègues chefs de service, il a signé un courrier envoyé au conseiller fédéral Alain Berset demandant un confinement total de la population.

La question financière reste ouverte

L'HFR accueillera de nombreux malades du coronavirus. Pour faire face, il va devoir compter sur ses hôpitaux périphériques, ainsi que sur des cliniques privées telles que Daler. Mais, en théorie, c'est celle-ci qui fera la bonne affaire puisqu'elle se chargera des hospitalisations les plus rentables. A l'inverse, les soins intensifs seront l'apanage de l'hôpital cantonal, qui est public. Le Dr Lennart Magnusson n'entre toutefois pas dans ces considérations: «A l'heure actuelle, on cherche à augmenter la capacité de l'HFR pour faire face à cette épidémie. Quant à l'aspect financier, il sera réglé par les pouvoirs publics. Je ne m'en occupe pas.»

Assez de matériel, pour l'instant

Pénurie de masques et manque de respirateurs dans les soins intensifs font partie des grandes préoccupations des médecins dans les régions les plus touchées par le coronavirus. En ce qui concerne l'HFR, il dispose de quelques 3500 masques ffp2, autrement dit de quoi tenir une dizaine de jours. Quant aux ventilateurs, les 30 lits en soins intensifs actuels en sont équipés. Et, le cas échéant, l'HFR utilisera tous les appareils disponibles dans le canton, y compris ceux des blocs opératoires des cliniques privées. «Jusqu'à 78, il n'y aura pas de problème», affirme le Dr Magnusson.

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