Gel à Genève: Certains vignerons se préparent «au pire»
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Gel à GenèveCertains vignerons se préparent «au pire»

Le gel a détruit la quasi totalité de plusieurs exploitations. Des producteurs craignent pour leur avenir. L'Etat est en train d'estimer les pertes globales.

par
David Ramseyer
Le Domaine des Lolliets à Soral (GE) estime avoir perdu entre 90% et 100% de sa production, selon les parcelles.

Le Domaine des Lolliets à Soral (GE) estime avoir perdu entre 90% et 100% de sa production, selon les parcelles.

Domaine des Lolliets

Il y a du fatalisme dans la voix de Ugo Chavaz, vigneron à Soral (GE): «Selon les parcelles, on a entre 90% et 100% de pertes». Son Domaine des Lolliets risque-t-il la faillite? «Oui, c'est une éventualité à ne pas négliger.»

Le gel qui a violemment frappé le mois dernier, au bout du lac comme ailleurs en Suisse, «a fait des dégâts très importants, mais

encore très difficiles à estimer», indique ce jeudi le Département cantonal de l'agriculture (DETA). Celui-ci effectue actuellement un tour des vignobles genevois pour collecter des données.

Toutes les régions sont sinistrées

Au lendemain de la dernière vague de froid, l'Etat évoquait la destruction de la moitié de la cuvée 2017. Et aujourd'hui, avec un peu plus de recul? Aucun chiffre ne peut encore être articulé, souligne le DETA.

Ce dernier précise cependant que toutes les zones vinicoles genevoises sont touchées, certaines plus particulièrement en fonction du type de cépage, de la topographie des lieux - «les cuvettes ou les bas de coteaux sont plus sujets au gel de printemps», note le Canton - ou encore de l'entretien des sols. Ainsi, les herbes hautes favorisent le gel. Parmi les secteurs les plus sinistrés figurent notamment les régions de Russin, Bernex et Dardagny.

Dans cette dernière commune justement, les pertes atteignent 70% au Domaine Les Hutins. La patronne des lieux a peu d'espoirs que les choses s'améliorent. «Les pousses étaient déjà sorties lorsque le gel a attaqué, ça ne reviendra pas, énonce Emilienne Hutin. Ce qu'on appelle les bourgeons latents doivent encore éclore. Mais ils produisent rarement des fruits. On se prépare donc au pire.» Comme son collègue de Soral, la vigneronne craint pour l'avenir de son exploitation.

Quelles promesses d'avenir?

Face au désastre, la profession attend désormais le remboursement des assurances, et surtout d'éventuelles aides du Canton ainsi que de la Confédération. Si les discussions sont en cours, rien pour l'heure ne garantit qu'elles aboutiront.

Le DETA précise cependant que des aides d'urgence sous forme de prêts remboursables, des mesures de désendettement ou de soutien économique généralisé pourraient être activées en fonction des dégâts. Selon le Canton, une rencontre avec les viticulteurs est d'ores et déjà fixée.

Pour tout de même produire du volume cette année, les producteurs genevois pourraient choisir de couper leur vin avec du raisin venu d'ailleurs. Une solution toute théorique, selon Ugo Chavaz: «Cette pratique est très limitée par la législation et cela nous obligerait à changer de statut. Surtout, je ne me vois pas vendre du vin qui ne vient pas de chez moi».

C'est donc la déprime dans la profession. Cela dit, les vignerons-encaveurs du canton entendent prouver qu'ils ont toujours le coeur à l'ouvrage et des produits de qualité à faire déguster. «On invite les Genevois à le vérifier lors des prochaines caves ouvertes, le 20 mai», clament-ils d'une seule voix.

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