Suisses morts en Norvège: «Ces bons skieurs ont fait une grosse erreur»
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Suisses morts en Norvège«Ces bons skieurs ont fait une grosse erreur»

Lundi après-midi, quatre Suisses et un Français ont perdu la vie dans une avalanche en Norvège. Un expert norvégien explique que l'expédition était trop dangereuse.

par
David Maccabez

La zone dans laquelle a eu lieu le tragique accident - qui a coûté la vie à cinq skieurs, dont quatre Suisses, lundi après-midi sur la montagne Sorbmegaisa, dans la municipalité de Kaajford - se trouve dans une zone où le danger d'avalanche est important (3 sur 5). En outre, le chemin emprunté par les randonneurs était extrêmement pentu (42 degrés). L'expert en avalanches Lien Kjetil Bratt explique dans la presse norvégienne que «s'aventurer sur des pentes à plus de 30 degrés avec ces conditions est extrêmement risqué». Pour le guide de montagne Graham Austick, «ce sont de bons skieurs qui ont fait une grosse erreur».

La police commence son enquête

Mardi, la police a commencé a interroger les survivants. «Leurs explications seront essentielles afin d'avoir une visions d'ensemble de ce qui s'est passé», a déclaré le chef d'état-major de la police du comté de Tromsoe, Morten Pettersen, à NRK.

La police espère en apprendre davantage sur la façon s'est déclenchée l'avalanche et sur la responsabilité des skieurs. On s'attend également à ce que la police interroge les dirigeants de l'agence de voyage française Escales Polaires, qui a organisé le voyage.

L'équipement antiavalanche en question

Cet accident a également fait renaître le débat sur la protection antiavalanche dans la presse norvégienne. Douze personnes participaient à l'expédition et s'étaient séparés en deux groupes de six. Un de ces groupes a été emporté et seul un Suisse a survécu. Selon le site d'information «nordlys.no», les victimes étaient munies de sacs équipés de coussins censés se gonfler en cas d'avalanche et leur éviter de se faire ensevelir par la neige.

Les vendeurs de ce type d'airbag prétendent que les chances de survie s'élèvent à 98%. Un mensonge, selon le Dr Mads Gilbert, médecin à l'hôpital universitaire de la Norvège du Nord, à Tromsoe: «En plus des cinq morts de lundi, deux personnes sont déjà mortes cette année, alors qu'elles étaient équipées d'airbags.»

Seule sa tête dépassait de la neige

Selon «VG», le Suisse survivant n'avait que la tête qui dépassait de la coulée. Le secours expliquent qu'il respirait et parlait quand il a été retrouvé. Par chance, il s'est retrouvé en position debout, ce qui lui a permis de maintenir sa tête à l'air libre. «Une combinaison du hasard et de lois de la physique», selon le Dr Gilbert.

Sous les yeux de sa femme

Le guide français décédé était accompagné de sa femme. Celle-ci se trouvait près de lui quand il a été emporté et a essayé de le sauver, explique la police norvégienne au quotidien «VG». «Nous l'avons rapidement trouvé, mais avons mis beaucoup de temps pour pouvoir le dégager. Les skieurs étaient ensevelis sous 4,8 et 8 mètres de neige», selon Stian Kvalvik, chef des secours.

Les vidéos du sauvetage

L'interview des sauveteurs

A la fin, la décision est humaine

Pierre Matthey, vice-président et porte-parole de l'association suisse des guides de montagne, explique qu'il conseille aux randonneurs qu'il accompagne l'utilisation de ces airbags. «C'est un plus, mais pas une assurance-vie», relativise-t-il toutefois. «Lors d'une avalanche, avoir un volume d'air au dessus-de la tête permet de garder toujours la tête vers le haut et peut sauver des vies». Interrogé sur la fiabilité du chiffre de 98% de vies sauvées, Pierre Matthey se montre critique: «Ce chiffre me semble extrêmement élevé. Il faudrait voir comment sont faites ces études. Elles vont souvent dans le sens des fabricants de matériel». Pour conclure, le guide explique que de toute manière, le risque zéro n'existe pas. «On peut avoir toutes les protections qu'on veut, la décision de se lancer ou pas sur une pente reste humaine. Parfois, on prend la mauvaise décision».

De son côté, la SUVA explique qu'elle n'a pas testé ce matériel. Elle se refuse donc à juger de son efficacité. Elle conseille cependant aux randonneurs et freeriders de prendre toutes les dispositions nécessaires à leur sécurité, y compris les airbags s'ils le souhaitent.

Contactée par «20 minutes», la société Mammut, qui fabrique un modèle de ces airbags, explique l'origine des 98% de chances de survie. Selon les études réalisées, «Dans une avalanche avec une dimension de 100 mètres par 50 m et une pente régulière, la chance de rester à la surface avec coussin gonflable peut être proche de 100%», explique Dominik Ryser, porte-parole de Mammut.

«Cependant, cela dépend tellement de la taille de l'avalanche et du type de terrain que nous nous refusons à utiliser ces chiffres comme arguments de vente». Dominik Ryser rappelle aussi que l'airbag ne peut fonctionner que lorsque l'avalanche coule. Si la victime est ensevelie par des masses de neige, le coussin est inutile. «En regardant les premières images disponibles, notre première impression est que l'avalanche a été exceptionnellement grande et s'est déclenchée dans une zone très plate, ce qui a vite stoppé la coulée, rendant les airbags inopérants».

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