«Ces Chinois travaillent dans des conditions intolérables»

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«Ces Chinois travaillent dans des conditions intolérables»

Des ouvriers chinois retapent un bâtiment destiné à la Mission de la République de Chine dans des conditions douteuses.

«Vous êtes sur territoire chinois, indique M. Wang, Le troisième secrétaire de la Mission de Chine auprès des Nations Unies brandit sa carte diplomatique. Vous ne pouvez pas aller plus loin.»

Une quarantaine d'ouvriers chinois œuvrent, depuis des semaines, rue Amat, aux Pâquis, à la réfection d'un bâtiment destiné au personnel de la Mission. Au fond de l'allée, quelques ouvriers sont regroupés autour d'une marmite fumante et se servent de riz. Une partie d'entre eux filent se cacher dans l'entrée d'un garage souterrain.

Informé par «20 minutes», le syndicat Unia s'est rendu sur place hier. C'est là que M. Wang s'est interposé. Ces ouvriers? «Ils ont été engagés pour des raisons financières et sécuritaires», répond le cerbère.

Au mois de novembre, des inspecteurs genevois du bâtiment avaient pu accéder «par opportunité» au chantier. «Les conditions de vie sont intolérables, raconte l'un d'eux. Nous avions photographié les ouvriers dans leur dortoir sous-terrain de 20 à 30 lits. La sécurité chinoise a saisi nos appareils et a exigé d'effacer tous les clichés.» Un rapport interne a été rédigé, mais il restera confidentiel.

Tout étranger travaillant dans une mission internationale doit posséder une carte de légitimation délivrée par la Mission suisse auprès des Nations Unies. Les ouvriers chinois la possèdent-ils? Une source au sein de l'Etat en doute. Aucun membre de la Mission chinoise n'a pu apporter de précision à ce sujet. «Les Conventions de Vienne nous interdisent de violer les espaces extraterritoriaux», signale Raphaël Saborit, de la Mission suisse auprès des Nations Unies. Tout contrôle est donc impossible.

Ouvriers payés 1215 fr. par mois

«La mission des Etats-Unis a employé des ouvriers turcs d'une société d'Azerbaïdjan, remarque Manuel Fazendeiro, secrétaire ouvrier du syndicat Unia. Ils étaient soumis aux conditions sociales et d'assurance de la société qui les employaient et gagnaient 1000 dollars (1215 fr.) par mois.

Les missions du Qatar et de Russie ont également utilisé de la main-d'œuvre étrangère pour leurs travaux. Ces cas, semblables à celui des ouvriers chinois, ont toujours été constatés dans les enceintes mêmes des missions.

Ces ouvriers chinois travaillent à l'extérieur de la mission, mais sur territoire chinois. C'est une première! Nous ne pouvons pas agir, car nous sommes dans des espaces extraterritoriaux, et donc inviolables selon le droit international.»

Shahïn Ammane

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