Procès des activistes climatiques - «Ces deux médecins ont un problème de loyauté»

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Procès des activistes climatiques«Ces deux médecins ont un problème de loyauté»

Deux professionnels de la santé, stars de la pandémie, étaient jugés pour un blocage d’Extinction Rebellion. Alors qu’ils plaidaient contre la destruction de la biodiversité, le PLR estime qu’ils ont outrepassé leur rôle.

par
Pauline Rumpf

Les explications de Valérie D’Acremont lors du procès.

20 min/Robin Baudraz

Après l’ouverture lundi matin du procès à Lausanne de douze activistes qui avaient bloqué la Rue centrale en 2019, les prévenus ont eux-mêmes plaidé pour leur cause, faute d’avocats. Emotions et larmes ont surgi parmi les militants souvent touchés par l’«éco-anxiété».

«Oui, je trie mes déchets et je vais acheter des légumes au marché, ça me fait du bien mais ça ne change rien au problème, c’est toute la société qui doit évoluer», a par exemple déclamé une accusée. «Le covid a montré qu’on peut très bien interrompre tout le système quand il nous met en danger. Pourquoi ne bouge-t-on pas face à l’imminence du danger climatique?», a demandé un autre. Et les activistes d’appeler en cœur le juge à être «acteur de la solution plutôt que du problème».

«Il faut réformer le système de santé»

Sur le banc des accusés, les deux médecins stars de la lutte contre le covid, l’infectiologue Valérie D’Acremont et le chef de la campagne vaudoise de vaccination Blaise Genton, ont ensuite déroulé leurs observations professionnelles sur les impacts du changement climatique et de la perte de biodiversité sur la santé.

En vrac: retour de la malaria, hausse de la malnutrition, augmentation des problèmes respiratoires et cardiovasculaires potentiellement mortels, sécheresses induisant des famines et des déplacements de population… et augmentation des pandémies. «Il ne faut plus se contenter de les combattre, il faut éviter qu’elles surviennent. Cela passe par un système de santé plus résilient, plus préventif. Mais le Conseil fédéral ne semble pas enclin à attaquer ce problème», a regretté Valérie D’Acremont.

Son époux Blaise Genton, a en effet raconté avoir sollicité les plus hauts échelons, sans toutefois provoquer une prise de conscience de l’urgence d’agir. «Les mesures actuelles ne suffisent pas. Aujourd’hui près de 3000 personnes meurent chaque année en Suisse à cause de la pollution, et ça va empirer.»

Souci de loyauté

«Ces deux employés de l’État, avec leurs salaires de hauts fonctionnaires, mordent la main qui les nourrit en faisant la promotion de la désobéissance civile, critique cependant Marc-Olivier Buffat, président du PLR vaudois. Ils ne font pas preuve de la loyauté qu’exige la loi sur le personnel de l’Etat...» Le parti a déposé une interpellation au Grand Conseil à ce sujet. Conscient de ses deux casquettes, Blaise Genton estime toutefois qu’elles sont complémentaires: «Mon expérience montre que la politique institutionnelle ne suffit pas.»

Le Ministère public n’était pas présent pour défendre son ordonnance pénale. Les douze prévenus, inclus dans une série de 200 activistes «bloqueurs», encourent des peines pécuniaires de 20 jours-amende à 30 fr et d’une amende de 300 fr. pour entrave aux services d’intérêt général et empêchement d’accomplir un acte officiel notamment. Verdict vendredi.

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