Guerre en Ukraine: Ces firmes suisses qui continuent de faire des affaires avec Poutine

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Guerre en UkraineCes firmes suisses qui continuent de faire des affaires avec Poutine

Nestlé, Credit Suisse, UBS: la liste des entreprises helvétiques actives en Russie contient des noms éminents. Voici comment elles expliquent leur engagement dans ce pays en guerre.

par
Marcel Urech
Fabian Pöschl
Une manifestation a eu lieu à Berne le 19 mars pour protester contre les activités russes de Nestlé: les critiques pleuvent contre l’entreprise.

Une manifestation a eu lieu à Berne le 19 mars pour protester contre les activités russes de Nestlé: les critiques pleuvent contre l’entreprise.

AFP

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les entreprises qui continuent à travailler en Russie sont sous le feu des critiques. C’est le cas notamment des entreprises allemandes Ritter-Sport et Henkel: de nombreux consommateurs et consommatrices ont récemment appelé au boycott de ces marques afin d’inciter les firmes à changer d’attitude.

Actuellement, près de 1000 entreprises étrangères sont encore actives en Russie, comme le montre une liste de l’Université d’élite américaine Yale. Parmi ces firmes figure notamment Nestlé, raison pour laquelle les protestations contre le groupe alimentaire suisse pleuvent. Les représentants du gouvernement ukrainien reprochent à Nestlé de «participer aux crimes de guerre de la Russie en Ukraine». Sur les réseaux sociaux aussi, les critiques vont bon train.

Interrogé, le géant vaudois explique son engagement en Russie par le fait que l’entreprise se concentre sur des produits vitaux comme les aliments pour jeunes enfants et non sur la réalisation de bénéfices. Les éventuels bénéfices seraient reversés à des organisations humanitaires.

OC Oerlikon veut se retirer

Les géants pharmaceutiques Novartis et Roche poursuivent également leurs activités en Russie. Ils justifient également leur présence sur place par la nécessité de fournir des produits vitaux tels que des médicaments indispensables. Il y a une bonne raison pour que les médicaments soient exemptés des sanctions, explique un porte-parole de Roche.

Reste que des entreprises actives dans les technologies comme ABB et OC Oerlikon sont également actives en Russie. Selon un porte-parole d’ABB, la firme n’accepte pas de nouvelles commandes en Russie, mais doit honorer les contrats existants. Du côté d’OC Oerlikon, une porte-parole assure que la boîte est en train de se séparer de ses activités russes.

CS et UBS réduisent leurs activités en Russie

Des banques comme UBS et Crédit Suisse sont également encore actives dans le pays… et sont critiquées pour cela sur les réseaux sociaux. Interrogées, elles renvoient à une réduction de leurs activités en Russie depuis le début de la guerre. Elles ne souhaitent pas s’exprimer concrètement sur les critiques à leur égard.

La société genevoise de matières premières Trafigura affirme vouloir réduire ses achats de pétrole à la société russe Rosneft à partir de la semaine prochaine, confirme un porte-parole. Trafigura détient toutefois encore une participation minoritaire dans le méga projet Vostok Oil, qui comprend plusieurs champs pétrolifères. La société examine maintenant ses options, précise le responsable presse.

Interdiction de radoter

Le débat sur les affaires en Russie est très émotionnel, explique l’experte en réputation Clarissa Haller, de Dynamics Group. «En Suisse, les gens ont des exigences morales élevées envers les entreprises et attendent d’elles qu’elles gèrent leurs affaires de manière éthique et qu’elles assument un rôle modèle», explique Clarissa Haller. La spécialiste affirme: si une entreprise reste active dans le pays, elle doit avoir de bonnes raisons de le faire et les communiquer clairement. Selon elle, il est également important que les entreprises ne «radotent pas» et qu’elles qualifient clairement la situation en Ukraine comme une guerre.

Au cours du débat qui a eu lieu au début de la guerre, les entreprises étaient du «bon côté» lorsqu’elles se retiraient de Russie, affirme pour sa part Adrienne Suvada, experte en marketing de l’Université des sciences appliquées de Zurich. Toutefois, les firmes qui résistent à la pression, notamment lorsqu’elles fournissent des médicaments ou des produits similaires, ont tendance à s’en sortir mieux à long terme, ajoute-t-elle.

Réputation en danger

Un bon chiffre d’affaires ne serait pas un bon argument pour justifier une présence en Russie, note la spécialiste en marketing Johanna Gollnhofer, de l’Université de Saint-Gall. Car de cette manière, on placerait le profit au-dessus des vies humaines, ce qui peut nuire massivement à l’image de la firme.

Impossible de prédire avec certitude si les entreprises s’en sortent réellement lorsqu’elles justifient leur engagement, comme Nestlé, par le fait qu’elles fournissent des produits vitaux. «Au final, ce sont les consommateurs qui décident si c’est une bonne raison ou non», conclut Johanna Gollnhofer.

Entreprises suisses actives en Russie

Situation normale:

  • EMS-Chemie

  • Liebherr

  • SGS

  • Sika

  • Swiss Krono

  • Triumph

Investissements reportés, mais l’activité principale fonctionne toujours:

  • Alcon

  • Barry Callebaut

  • Glencore

  • Hipp

  • Julius Baer

  • Nestlé

  • Novartis

  • Roche

Activités commerciales importantes réduites, mais d’autres encore en cours:

  • ABB

  • Bucher

  • Credit Suisse

  • Oriflame Cosmetics

  • UBS

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