Actualisé 07.12.2018 à 13:33

Climat

Ces firmes suisses qui polluent à l'étranger

Les lois environnementales sont efficaces pour réduire les émissions de CO2 des entreprises sur le marché domestique, mais poussent souvent ces dernières à polluer à l'étranger.

Selon une étude, il existe une corrélation entre le niveau des mesures environnementales dans le pays où se trouve le siège de l'entreprise et l'exportation de la pollution. (Photo d'illustration)

Selon une étude, il existe une corrélation entre le niveau des mesures environnementales dans le pays où se trouve le siège de l'entreprise et l'exportation de la pollution. (Photo d'illustration)

Keystone

Une étude présentée vendredi à Genève met le doigt sur les effets pervers de la réglementation sur la pollution environnementale. Pointilleuse en matière écologique, la Suisse serait particulièrement concernée.

Les résultats de cette recherche confirment l'existence «des paradis de pollution». «Certains pays affaiblissent leur législation environnementale dans une optique de bénéfice économique à court terme», a expliqué Michael Viehs, auteur de l'étude, à l'occasion du 4e Geneva Summit on Sustainable Finance, rendez-vous consacré à la finance durable.

Mauvais élèves

Cette «offre» rencontre bel et bien une demande de la part des entreprises soucieuses de réduire leurs coûts réglementaires liés à l'émission de dioxyde de carbone, a expliqué Michael Viehs, associé auprès du gestionnaire britannique de fonds de placement Hermes Investment Management.

Les firmes actives dans le domaine de l'énergie - notamment les groupes pétroliers - les sociétés de transport ou encore les logisticiens figurent notamment dans la liste des mauvais élèves.

Selon l'étude, il existe une corrélation entre le niveau des mesures environnementales dans le pays où se trouve le siège de l'entreprise et l'exportation de la pollution. Un renforcement de la législation incite les sociétés à réduire de 19% en moyenne leurs émissions globales de CO2 et de 24% sur le marché domestique.

Revers de la médaille, l'empreinte carbone des entreprises grimpe en moyenne de 29% à l'étranger en cas d'inflation réglementaire.

Le «greenwashing» passe

«Les pays nordiques et la Suisse ont des politiques très restrictives, ce qui les expose davantage à cette problématique», a indiqué à AWP M. Viehs. Selon l'auteur de l'étude, les populations locales n'ont pas toujours conscience de ces agissements et prennent l'éco-blanchissement («greenwashing») de leurs entreprises pour argent comptant.

Michael Viehs n'a pas été en mesure de nommer des sociétés en particulier. Il souligne toutefois que les groupes bien dirigés, soit avec des responsables dotés d'une véritable conscience écologique, réduisent leur émissions sans faire porter le fardeau de la pollution aux «paradis» susmentionnés.

Les groupes moins vertueux, pour leur part, profiteraient de ce tourisme de la pollution avec des dégâts d'image limités pour l'instant.

Les choses seraient toutefois en train de changer alors que réchauffement climatique suscite une prise de conscience collective. Une autre étude présentée jeudi lors du sommet genevois établit un lien entre les scandales ayant éclaboussé des banques ces dernières années et une baisse de l'activité.

Retraits dans les banques

Prenant comme exemple le mouvement d'opposition à l'oléoduc Dakota Acess Pipeline aux Etats-Unis, l'auteur Mikael Homanen a constaté des retraits significatifs dans les banques participant de près ou de loin à ce projet, contesté notamment par les organisations environnementales. Les clients auraient ainsi puni la banque en transférant leur épargne ailleurs.

Credit Suisse avait été la cible d'attaques de l'ONG Greenpeace dans ce dossier. La grande banque n'a pas financé directement l'oléoduc, mais avait confirmé des relations commerciales avec des entreprises impliquées dans le projet. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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