Actualisé 23.06.2017 à 10:49

Vaud

«Ces hurlements étaient juste effrayants»

Une bruyante séance d'exorcisme, ou de délivrance, a créé l'émoi dans un village en plein après-midi.

de
Frédéric Nejad Toulami/ywe
Le syndic a indiqué avoir résilié le contrat de location de la salle communale.

Le syndic a indiqué avoir résilié le contrat de location de la salle communale.

FNT

Le soleil régnait en maître dans les rues paisibles de la bourgade de Lully (VD), non loin de Morges, ce mardi 13 juin. Mais soudain, des cris ont retenti, de plus en plus forts. «C'était effrayant, décrit une habitante à 20minutes.ch. Des hurlements d'un homme et d'une femme qui provenaient de la salle communale ont duré plus d'une heure, nous avons vraiment eu peur.» Un autre habitant est allé cherché le secrétaire communal et ils sont entrés dans le lieu où retentissaient ces cris. Ils y ont vu un individu, loueur de la salle, en présence d'une fille qui vomissait dans une poubelle, et d'une dame. Après de brèves explications, ils sont partis et le vacarme a cessé.

L'homme qui loue ce lieu chaque mardi se décrit comme un chrétien évangélique, du «Ministère de la délivrance et de la guérison». Résident à Lully avec sa famille, il distribue aussi des tracts qui vantent ses dons de guérisseur de maladies avec ses mains. «Je pratique ces délivrances depuis que je suis devenu croyant pratiquant, explique-t-il, et mes séances de libération permettent de se délivrer de vieux traumatismes, par exemple. Elles sont gratuites.» L'homme, au bénéfice de l'AI, souligne qu'il ne s'agit pas d'exorcisme, pratiqué par les catholiques, mais de délivrance, pour les évangéliques, «uniquement grâce à la parole de Jésus: c'est spirituel».

Du côté de la commune de Lully, le syndic ne désire pas communiquer à ce sujet: «Sachez juste que nous avons résilié le contrat de location de cette salle à ce monsieur, car le règlement à respecter exige de décrire l'utilisation qu'on veut en faire.»

Porte-parole de la police cantonale, Arnold Poot déclare que «des investigations préliminaires ont été menées mais n'ont pas mis en lumière un quelconque élément pénal ou délictueux. Aucune plainte n'a été enregistrée. Il n'y a donc pas eu lieu d'ouvrir une enquête pénale.» Selon nos informations, la gendarmerie de Morges a mené des investigations notamment pour connaître l'identité et l'âge des personnes présentes à cette séance et connaître les détails de son déroulement.

A chaque église sa pratique

Des prêtres catholiques pratiquent l'exorcisme, par lequel on traite les fidèles qui s'estiment possédés. Les évangéliques, eux, parlent plutôt de délivrance ou de guérison, à la faveur de séances souvent spectaculaires où des miracles se produiraient sous la houlette de guérisseurs autoproclamés. Chez les protestants réformés, «cela n'existe pas du tout. Nous pensons qu'un pasteur n'est pas habilité à soigner des gens malades. Mais nous soutenons évidemment toute personne qui exprime un besoin, quitte à la diriger vers d'autres professionnels», informe Line Dépraz, pasteure et membre du Conseil synodal de l'Eglise Evangelique Reformée du canton de Vaud (EERV). Interrogée sur les pratiques de certains groupes évangéliques, elle estime «qu'un pasteur avec une mainmise aussi énorme sur une autre personne est quelque chose de problématique.»

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