Actualisé 23.12.2019 à 07:32

Reportage en Syrie

Ces jihadistes ne savent pas que l'EI est «décapité»

La correspondante de 20 Minuten en Syrie s'est rendue dans une prison pour anciens combattants du groupe Etat islamique (EI), dans le nord de la Syrie. Les détenus sont complètement coupés du monde extérieur.

de
Ann Guenter, Syrie
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La correspondante de 20 Minuten en Syrie s'est rendue dans un camp de détention pour anciens combattants du groupe Etat islamique (EI), dans le nord de la Syrie. La prison de Hasaka.

La correspondante de 20 Minuten en Syrie s'est rendue dans un camp de détention pour anciens combattants du groupe Etat islamique (EI), dans le nord de la Syrie. La prison de Hasaka.

Ann Guenter
Les détenus sont complètement coupés du monde extérieur.

Les détenus sont complètement coupés du monde extérieur.

Ann Guenter
L'EI a utilisé le complexe, qui était à l'origine une école, comme base pendant son règne de terreur.

L'EI a utilisé le complexe, qui était à l'origine une école, comme base pendant son règne de terreur.

Ann Guenter

«Si vous parlez aux prisonniers ne leur dites rien de la mort du chef de l'EI Abu Bakr al-Baghdadi ou de l'offensive turque dans le nord de la Syrie. Les hommes ne savent rien de tout cela et cela doit rester comme ça ici». L'avertissement vient de Robar, 30 ans, directeur de la prison de Hasaka, dans le nord de la Syrie.

Comme à Guantánamo

Il justifie cette demande en expliquant vouloir garantir la sécurité de l'établissement. «Nous ne savons pas comment les prisonniers réagiraient à des informations sur l'offensive turque dans le nord syrien. Il est tout à fait possible qu'ils se mutinent et tentent de s'évader en apprenant cela».

L'EI a utilisé le complexe, qui était à l'origine une école, comme base pendant son règne de terreur. Désormais près de 5000 jihadistes y sont enfermés. Ils sont entre 50 et 100 par cellule, sont enveloppés dans des couvertures de laines et portent des combinaisons orange. L'image fait inévitablement penser au camp de Guantánamo, le tristement célèbre centre de détention militaire de haute sécurité américain, situé à Cuba.

Une fillette suisse dans un camp syrien

Malika, 13 ans, a été emmenée en Syrie par sa mère qui a rejoint l'Etat Islamique en 2016. Elle se trouve actuellement avec sa mère dans le camp de détention de Roj.

Sans intestin

A Hasaka, les jihadistes issus de 28 à 36 nations différentes, tous n'ont pas pu être formellement identifiés, s'entassent sur les trois étages que comprend le bâtiment. De nombreux Européens de l'Ouest ont également été amenés à Hasaka depuis l'intérieur des terres en raison de l'offensive turque dans le nord de la Syrie qui pourrait toucher des prisons et «libérer» les partisans de l'EI qui y sont détenus.

Dans une prison kurde du nord syrien, des jihadistes entassés par milliers

Dans une prison kurde du nord syrien, des jihadistes entassés par milliers

Derrière la lourde porte en fer, ils s'entassent par dizaines dans l'étroite cellule, recouvrant entièrement le sol, le visage émacié et le corps décharné dans leur uniforme orange, prisonniers en Syrie et accusés d'avoir contribué au règne de la terreur du groupe Etat islamique (EI). I

Un Belge rencontré dans l'infirmerie de la prison raconte une histoire déjà entendue moult fois: il n'a jamais combattu pour l'EI, il a regretté d'être venu en Syrie et se sentait trahi par les fausses promesses des extrémistes. Le jeune homme dit n'avoir plus d'intestins depuis qu'un autre jihadiste lui a tiré «accidentellement» dans le ventre à Deir ez-Zor (est de la Syrie). Dans la salle, on peut trouver des hommes auxquels il manque des mains, des pieds, des jambes et des yeux. La majorité d'entre-eux s'est battue jusqu'au bout pour l'organisation terroriste.

«Comme une bombe à retardement»

La plupart des détenus de Hasaka ont été arrêtés dans la région de Baghouz au printemps, ultime réduit de l'est de la Syrie où une résistance jusqu'au-boutiste a été menée. Une composante à garder à l'esprit lorsque la compassion pour ces jeunes hommes détenus dans des conditions misérables prend le dessus. «La prison a été conçue comme une prison de haute sécurité car il y a beaucoup de hauts responsables de l'EI», explique le chef de la prison, Robar.

Il y a quelques mois, il était impensable qu'un reporter étranger visite une telle prison. Mais maintenant, comme l'explique ouvertement Robar, les milices kurdes veulent que le monde voit à quel point la situation dans le nord de la Syrie est dangereuse et instable. Ils sont «comme une bombe à retardement», commente Robar. Ainsi ouvrir les prisons aux journalistes montre au monde entier à quel point le risque d'émeutes et de flambées de violence dans ces camps de jihadistes est élevé.

«En raison de l'offensive turque, nous avons dû relocaliser de nombreux gardiens sur le front. La plupart des pays de la coalition ne nous ont pas cru lorsque l'on disait détenir autant de prisonniers de l'EI», poursuit Robar. «Ils n'attendent qu'une occasion pour s'échapper.» Le mois dernier, une catastrophe a failli arriver: un prisonnier a fait semblant d'être malade et quand un gardien est entré dans la cellule, d'autres détenus lui ont sauté dessus et l'ont maîtrisé.

Attaques aussi depuis l'extérieur

«Ils se sont ensuite rendus dans le couloir et ont tenté d'ouvrir d'autres cellules. Heureusement cela a échoué et nous sommes parvenus à reprendre la maîtrise de la situation.» La promiscuité des geôles, où se massent entre 50 et 100 hommes, représente un risque pour la sécurité. C'est pourquoi la prison est en train d'être agrandie. «Presque aucun État n'accepte de rapatrier ses citoyens. Nous n'avons pas d'autre choix que de faire gagner de l'espace.»

Le danger pour la prison peut aussi venir de l'extérieur. Depuis le retrait des Américains de la région des cellules dormantes de l'EI se cachent partout et se sont même renforcées dans certains secteurs. Prendre d'assaut les prisons et faire sortir les partisans a toujours été une des spécialités de l'EI. «Il y a deux semaines, rapporte Robar, trois personnes ont ouvert le feu contre l'enceinte de la prison. Nous avons pu les arrêter, c'étaient des gens de l'EI. Ce genre d'attaque se produit toutes les semaines. C'est un message de l'EI aux détenus à l'intérieur.»

Une esclave sexuelle fait face à son bourreau

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Kidnappée par de jihadistes à l'âge de 14 ans, une jeune Yézidie a ensuite été vendue à un homme de main de l'EI. La confrontation avec son bourreau a été filmée.

Ann Guenter/cga

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