Iran: «Ces manifestations traduisent un ras-le-bol du système»
Actualisé

Iran«Ces manifestations traduisent un ras-le-bol du système»

Double national iranien et suisse, Mohamed-Reza Djalili, professeur aux Hautes études internationales à Genève, porte un regard sur les événements qui secouent l'Iran.

par
Didier Bender

20 minutes online: Comment réagissez-vous en voyant les images qui arrivent de Téhéran?

Mohamed-Reza Djalili: Je trouve qu'on assiste à un moment sans précédent dans l'histoire de la République islamique. C'est tout à fait inattendu. Je suis les affaires iraniennes depuis des années, je suis étonné par la dimension des manifestations d'hier. C'est quelque chose de sans précédent. Ça aura certainement à terme des conséquences. Bien sûr, ça me touche beaucoup. Ça m'intéresse. D'un autre côté, ça m'inquiète aussi dans la mesure où il y a eu énormément d'arrestations et de violence. Il y a eu 7-8 morts. Ce n'est pas réjouissant du tout. Il faut être attentif à tout cela.

Quel genre de conséquences?

J'ai l'impression que l'édifice du système est maintenant fissuré. Cela change en quelque sorte la donne. Je ne sais pas exactement ce que l'avenir nous réserve. Je pense que c'est un tournant. Demain ne sera pas la même chose qu'hier en République islamique. Peut-être que la situation va empirer. Peut-être qu'elle va évoluer de façon positive. C'est trop difficile à l'heure actuelle d'en tirer des conclusions.

Plus de 100'000 Iraniens sont descendus dans la rue lundi. C'est un signal fort contre la politique du président sortant Mahmoud Ahmadinejad?

C'est un signal fort contre Monsieur Ahmadinejad bien sûr. C'est aussi un signal fort par rapport à l'ensemble du régime. C'est l'affirmation d'un ras-le-bol d'un système qui commence à s'épuiser après 30 ans. Et surtout, c'est la fin d'une situation de peurs qui est toujours présente dans les systèmes autoritaires. Aujourd'hui, les gens n'ont plus peur de descendre dans la rue.

Aujourd'hui, le Conseil des gardiens de la Constitution se dit prêt à recompter les voix. Comment comprendre cette information?

Comme d'habitude face à une crise, il y a une double attitude. Il y a la politique de la carotte. On essaie de négocier une sortie de crise en demandant aux gardiens de revoir leur copie. Et puis il y a aussi la politique du bâton. C'est la manifestation que le gouvernement pense organiser cet après-midi (réd: mardi) pour contrer la manifestation d'hier. On va voir dans les 48 heures qui vont venir quelles conséquences tout cela va avoir.

Que va-t-il se passer maintenant?

C'est plein d'incertitude. Personne, à mon avis, ni sur place, ni à l'extérieur, ne peut deviner ce qui va se passer. Hier, il y a eu cette centaine de milliers de manifestants dans la rue. Aucun commentateur n'avait prévu une manifestation de cette ampleur. C'est trop difficile pour le moment de faire des prévisions valables.

Le gouvernement interdit à la presse d'assister aux manifestations illégales. Avez-vous l'impression qu'en Europe, on a conscience de ce qui se passe en Iran?

Jusqu'à présent, l'un des vecteurs importants de l'information, ça a été les téléphones portables. Les étudiants utilisent au maximum toutes les possibilités d'Internet, Facebook, Youtube. C'est à travers cela que nous avons des informations. Depuis dimanche, il y a eu une réduction drastique du nombre de reporters sur place en Iran. Les visas n'ont pas été renouvelés. Il y avait 500 journalistes au moment des élections. Il reste moins d'une dizaine de journalistes étrangers encore sur place. Internet est devenu un facteur essentiel dans ce mouvement de masse.

Ton opinion