France - Ces petites choses peu ragoutantes valent leur pesant d’or
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FranceCes petites choses peu ragoutantes valent leur pesant d’or

Un trafic de civelles d’ampleur internationale a été démantelé dans l’Hexagone. Elles s’échangent à plus de 4000 francs le kilo en Asie.

Les civelles sont très prisées en Asie.

Les civelles sont très prisées en Asie.

AFP

Certains l’appellent le nouvel «or blanc» : un trafic de civelles, un alevin de l’anguille menacé d’extinction et vendu à prix d’or en Asie, d’une valeur estimée à 18,5 millions d’euros, a été démantelé en France par la gendarmerie et les douanes après quatre ans d’enquête.

Quelque 46 tonnes exportées depuis 2017 vers le continent asiatique, où le prix au kilo peut grimper jusqu’à 4000 euros (ndlr: environ 4350 francs): c’est un trafic «d’ampleur internationale» qu’ont fait tomber les douanes de Bordeaux et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp).

Les exportations étaient masquées par l’utilisation de faux documents supposant l’envoi d’autres espèces, telles que des crevettes, des congres ou des carpes.

Surpêche

Depuis la raréfaction de l’anguille asiatique causée par la surpêche, «la demande pour la civelle européenne a explosé dans le Sud-Est asiatique», selon la gendarmerie. Elle aiguise depuis plusieurs années déjà les appétits des contrebandiers, qui sont surveillés de près par les douanes.

C’est en tirant le fil de deux saisies réalisées en 2017 par les douaniers d’Arcachon (Gironde) et de Roissy, de 792 kg et 200 kg de civelles, que les enquêteurs, sous la houlette de la Juridiction interspécialisée (Jirs de Bordeaux), sont parvenus à remonter jusqu’au réseau.

Braconnées sur la côté atlantique, les civelles – appelées «pibales» dans le Sud-Ouest de la France - étaient transportées en Espagne, un circuit classique. Puis, elles étaient acheminées vers les pays d’Asie, notamment via des plateformes logistiques installées dans des pays de l’Est, comme la Roumanie, la Bulgarie ou la Pologne.

Grâce à une coopération policière européenne, via Europol, et judiciaire au niveau international, les enquêteurs ont mis au jour des «circuits logistique et financier complexes» en épluchant de nombreux comptes bancaires et données téléphoniques.

Quotas contestés

Les investigations ont notamment permis de démontrer l’utilisation de sociétés écrans créées en Europe et dans des paradis fiscaux (Irlande, Panama), la complicité de sociétés implantées en Chine et en Thaïlande et le recours à des rétrocommissions par des contrats sur opérations entre l’Afrique et l’Asie.

Neuf mareyeurs et intermédiaires français ont été mis en examen en septembre 2019. Puis, en 2021, les gérants espagnols d’une société de transport ainsi que l’une des têtes du réseau, également hispanique.

De plus en plus de peines de prison ferme sont prononcées dans des procès pour trafic de civelles, lors desquels la justice établit un parallèle avec le trafic de stupéfiants.

En février dernier, trois Chinois ont ainsi été condamnés à de la prison ferme après avoir été arrêtés en 2019 à Tarascon-sur-Ariège en possession de 50 kilos de civelles.

Des milliards d’euros

Le trafic vers les marchés asiatiques est estimé à plusieurs milliards d’euros, selon l’association Sustainable Eel Group.

Cette contrebande de l’anguille européenne dite «Anguilla Anguilla» est l’une des causes de la chute en 30 ans de 75% de sa population. L’espèce est considérée comme menacée depuis les années 2000.

Elle est protégée depuis 2009 au titre de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Sa pêche, destinée pour partie à la consommation, et pour partie au repeuplement des rivières, est très strictement règlementée, avec un système de licences et quotas.

Fin mai, des ONG et la Fédération nationale de pêche ont saisi le Conseil d’Etat pour dénoncer les quotas de pêche de la civelle, portés à 57 tonnes en 2020-2021, «incompatibles avec la survie de l’espèce».

(AFP)

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