Genève – «Ces repas se sont arrêtés mais notre situation n’a pas changé»
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Genève«Ces repas se sont arrêtés mais notre situation n’a pas changé»

Le syndicat des étudiants de l’Uni réclame le retour des repas à 3 francs, proposés exceptionnellement en mai et juin. Une action a été menée ce mardi.

par
Léonard Boissonnas
Quelque 200 repas à prix libre étaient proposés par la CUAE à la pause de midi.

Quelque 200 repas à prix libre étaient proposés par la CUAE à la pause de midi.

leo/20 min

«Je viendrais plus souvent manger à la cafétéria si c’était moins cher.» Comme Erika, 25 ans, plusieurs dizaines d’étudiants de l’Université de Genève (UNIGE) ont mangé ce mardi midi devant le bâtiment d’Uni Mail, où la faîtière des associations d’étudiants, la CUAE, a organisé une «bouffe populaire» à prix libre. Cette action s’inscrivait dans le cadre de revendications pour le retour des repas à 3 francs. «D’habitude, c’est 9 francs et tous les jours, c’est difficilement supportable», a relaté Emma, 20 ans.

Au printemps, un groupe de travail de la CUAE a sollicité un «accès à de la nourriture saine et bon marché» dans le contexte de la crise due au Covid. Une demande à laquelle a accédé le rectorat. Grâce à des fondations privées, entre le 3 mai et le 30 juin, des plats à 3 francs ont été mis en place. Selon l’UNIGE, plus de 35’000 repas ont été servis.

Précarisés pour longtemps

Une «victoire aux effets spectaculaires» qui, selon la CUAE, a mis en lumière un réel besoin, auquel il faut continuer à répondre. Début octobre, des tags réclamant le retour de ces mets bon marché avaient été sprayés par un ou des inconnus sur les murs d’Uni Bastions.

«Ces repas se sont arrêtés mais notre situation n’a pas changé», a expliqué Jules Stassen, membre de la faîtière. «Nous sommes et resterons longtemps largement précarisés par la crise du Covid», a appuyé sa collègue Aline Chapuis, rappelant que de nombreux universitaires avaient perdu leur job. Et de prendre en exemple la forte demande à laquelle fait face la Farce, épicerie gratuite pour étudiants: «Il y a actuellement 1200 étudiants inscrits pour un peu plus de 300 paniers par semaine. Cette semaine, 330 colis ont été réservés en moins de deux heures.»

Des cafétérias autogérées

Selon la CUAE, le coût pour pérenniser les plats à 3 francs serait négligeable: en étendant l’offre aux étudiants de la Haute école spécialisée et de l’Institut de hautes études internationales et du développement, cela s'élèverait à 1,6 million pour une année académique, soit 0,25% du budget alloué aux hautes écoles.

Outre ces mets bon marché, la CUAE souhaite aller plus loin et avoir un nouveau modèle pour les cafétérias, en se passant de la «sous-traitance d’entreprises capitalistes». Il s’agirait de lieux autogérés par les étudiants, financés par l’université. Cela permettrait de donner des emplois aux étudiants. Le prix libre pourrait y être appliqué. Quant au projet du rectorat qui travaille à des repas à 5 francs (voir encadré), «ce n’est pas 3 francs, ça fait beaucoup dans ces cas-là», a rétorqué Aline Chapuis.

Des millions distribués

L’UNIGE indique pour sa part que les plats à 3 francs n’ont pu être prolongés après le 30 juin «pour des raisons financières». L’alma mater rappelle que l’aide financière aux étudiants, qui se monte à 3 millions hors période Covid, «a atteint 8 millions de francs en 2020 et dépasse déjà 4 millions en 2021, alors que nous en sommes seulement aux deux tiers de l’année civile». L’institution explique réfléchir à un «dispositif alternatif impliquant une proposition d’aide ciblée, comme attendu par le Conseil d’Etat, pour accompagner les étudiants pendant cette année de transition, réflexion à laquelle nous associons bien sûr les associations estudiantines».

Des plats à 5 francs à partir de 2022

Comme l’avait annoncé Léman Bleu, l’Université travaille avec ses prestataires sur l’introduction d’une offre pérenne de repas à 5 francs. «Les cahiers des charges des cafétérias ont ainsi été repensés afin de permettre à l’Université de progressivement proposer cette offre dès la rentrée 2022, en fonction des dates d’échéance des contrats en cours avec les exploitants des cafétérias.» Ces repas seront réservés uniquement aux étudiants.

Hausse de 36% des demandes d’aide

Pour cette rentrée, du 1er août au 30 septembre, l’université a enregistré 1158 demandes d’aide financière, soit une hausse de 5% par rapport à la rentrée 2020, mais de 36% par rapport à 2019. «Pour faire face à ces demandes, l’UNIGE a pu compter, en plus de son budget dévolu aux aides financières, sur un soutien additionnel de 1 million de l’Etat et de 2,5 millions de fondations et de donateurs.»

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